La chute perpétuelle du Mur de Berlin

La commémoration du 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin a donné lieu ces derniers jours à une impressionnante série de commémorations ferventes. « Toute l’Europe » (médiatique) communie dans l’émotion, autour du triomphe de La Liberté, La Démocratie, de Nos Valeurs sur l’obscurantisme, - pour reprendre les mots d’un journaliste de la RTBF. Repassent en boucles les images des larmes de joie, du violoncelle de Rostropovitch, des jeunes grimpés le mur, ou l’attaquant à coup de marteau, les témoignages sur les geôles de la Stasi…

En laissant un peu retomber la poussière des morceaux de bétons c’est pourtant une image moins euphorique qu’on pourrait percevoir.

Dans nos propres pays, en Belgique et dans toute l’Europe de l’Ouest, la chute du Mur a marqué le retour en force de la régression sociale. Le Libéralisme triomphant a mené beaucoup de partis 'de gauche' à adopter l’idéologie du vainqueur, et abandonner la lutte des classes pour se réfugier sur de sujets sociétaux. Il est flagrant que la pauvreté et les inégalités ont explosés depuis 1989, parallèlement à la démission des partis communistes à défendre l’héritage et les succès de systèmes qui n’étaient pas basés sur le profit d’une poignée de possédants.

Dans les pays de l’ex « bloc socialiste », la chute du socialisme a conduit à une authentique catastrophe sociale pour de larges pans de la société. C’est vrai, certains ont brillamment tiré profit de l’effondrement, et parmi eux malheureusement beaucoup d’opportunistes au sein même des partis communistes. Mais pour les humbles, c’était une toute autre histoire qui commençait

La Russie perdit 7 millions de citoyens en douze ans ; le taux de mortalité infantile grimpa de 56% et celui de la mortalité féminine de 26%. L’espérance de vie masculine passa de 64 ans en 1990 à 57 ans en 1995. Comme dans les autres pays de l’est, l’effondrement social et du haut niveau d’acquis sociaux, en particulier dans le domaine de la santé, a représenté l’équivalent d’un massacre de masse, passé sous silence.

En Allemagne de l’Est même, la privatisation des entreprises et la mise en faillite de celles qui n'étaient pas compétitives selon les critères libéraux entraînèrent la disparition brutale de 3,5 millions d’emploi (sur 10millions) et un chômage atteignant les 20%. On déplorait que les Allemands de l’Est ne puissent fuir pour la chercher de « la liberté » (et accessoirement de meilleurs salaires s’ils étaient bien formés) ; après 1990, la "recherche de la liberté" a pris la forme d'une fuite massive de régions sinistrées de l’Est. Comme ailleurs dans les pays de l’Est, ce sont les plus jeunes, ou les plus utiles à leur pays qui partent en premiers.

En un sens, le Mur protégeait les travailleurs des deux côtés.

Enfin, la chute du mur a complètement libéré ce qu’à l’époque la Gauche osait encore appeler par son nom, l’impérialisme. Les puissances impérialistes, qui n’avaient plus aucun contrepoids ont détruits des pays et des peuples autrefois prospères, la Yougoslavie, l’Irak, la Lybie, et d’autres encore - sans parler de la défection brutale des ‘pays frères’ qui a plongé des pays tels que Cuba, le Yémen, ou le Vietnam dans une vulnérabilité extrême.

Pour une très grande partie de l’humanité, la commémoration de la chute du mur de Berlin n’est absolument pas un motif à réjouissance. Le matraquage de ces derniers jours occulte tout cela, et rappelle aux distraits qu'il n'y a pas d'alternative à notre merveilleux système de prédation. Raison pour laquelle repassent en boucle les images de la chute du mur.

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