Déconfinement et manque de sécurité, des agents de la STIB réagissent.

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Depuis le début de la crise du COVID-19, depuis le premier jour du confinement, les agents des transports en commun ont été à leur poste pour conduire ceux qui en avaient besoin. Cela s'est fait avec un certain nombre de mesures de sécurité - y compris pour les voyageurs: limitation du nombre de personnes par véhicule, suppression de la montée par l'avant et séparation de la place de conduite parfois par une simple chaînette.

Depuis le lundi 11 mai, alors qu'avec la réouverture des magasins, le retour de certaines catégories au travail, le nombre de voyageurs allait augmenter, la direction de la STIB a décidé de ne plus limiter le nombre de voyageurs dans les trams, bus et métros et non d'augmenter le nombre des véhicules en service. Cette décision interpelle puisque dans de telles conditions il est impossible de respecter une distanciation physique de 1,50m. Même si le port du masque est obligatoire - des masques qui ne sont pas encore distribués dans toutes les communes -, la sécurité n'est plus assurée ni pour les voyageurs ni pour les conducteurs et chauffeurs. La décision a de quoi surprendre notamment puisque au TEC, le nombre de voyageurs autorisés à bord a été augmenté mais reste limité et parce qu'il aurait été possible pour transporter plus de monde,d'augmenter le nombre de véhicules en service.

Face à cette situation, un millier de chauffeurs et conducteurs ont décidé d'activer leur droit de retrait, un droit qui permet à des travailleurs de cesser le travail face à un danger "grave et immédiat", un droit qui existe bel et bien dans le code du travail belge. Ils et elles refusent de remonter dans les véhicules tant que la sécurité n'y est pas assurée pour le public et pour les travailleurs. Les demandes des chauffeurs et conducteurs sont très importantes, pas seulement celle de limiter le nombre de personnes à bord mais aussi des revendications très précises pour améliorer leur travail. Ils et elles demandaient des services dépôt/dépôt. Cela signifie que l'agent qui se trouve au volant sort avec son véhicule, roule pendant toute la durée de son service, y prend sa pause et en fin de service, retourne au dépôt. Quand le véhicule ressortira, il sera conduit par un collègue et avant cela, il aura été entièrement nettoyé et désinfecté. Par contre, si le remplacement se fait sur la ligne, en cours de service, le temps donné pour la désinfection de la cabine est de deux minutes alors qu'il est recommandé de laisser agir le produit pendant cinq minutes! Quant au véhicule, il roule toute la journée, transporte beaucoup de monde mais n'est désinfecté qu'après une journée entière. Ils et elles demandent aussi que les services ne soient pas coupés, de ne pas être obligés de prester leur service en deux parties, séparées par un arrêt prolongé. En temps normal, il est possible de se promener, de rentrer chez soi ou d'attendre au dépôt mais dans les circonstances actuelles, rester au dépôt n'est pas possible car la distanciation physique ne peut y être respectée et les déplacements ne sont pas à privilégier.

Nous n'en sommes qu'au début du déconfinement et rendre impossible certaines mesures comme la distanciation physique - par ailleurs présentée à longueur de journée comme essentielle - en acceptant un nombre illimité de voyageurs par voiture est très dangereux.

En refusant de conduire des voyageurs dans de telles conditions, les travailleurs de la STIB pensent non seulement à leur sécurité mais aussi à celle des voyageurs et au-delà, aux travailleurs de la santé qui épuisés par la phase épidémique intense par laquelle nous sommes passés, n'ont certes pas envie de voir revenir une seconde vague.

Mais la porte parole de la STIB, relayée par la télévision, a déjà ressorti le vocabulaire des pages bleues du dictionnaire: Nous sommes pris en otage...

Les travailleurs de la STIB ont décidé de prendre leur responsabilité et cela même sans être suivis par leurs syndicats qui avaient signé un accord sans consultation de la base. Les travailleurs connaissent les conditions de travail et les propositions qu'ils ont faites sont constructives et possibles à organiser. Ils et elles rappellent à leur employeur que c'est à lui de prendre en charge la sécurité de ses employés.
Dès que les conditions seront remplies les conducteurs reprendront leur poste, ils connaissent l'importance de leur rôle. Ils veulent le remplir en sécurité pour eux et pour les voyageurs. Il serait temps que cette importance soit reconnue par leur propre direction!

Ils ont reçu un magnifique soutien des travailleuses et travailleurs français de la RATP, de la SNCF. Il est important de les soutenir en tant qu'utilisateurs des transports en commun.

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