Louis Van Geyt nous a quittés

Plus on gravit les échelons du grand âge et plus il faut s’y résigner : les uns après les autres, nos amis nous rappellent que la mort est une triste banalité ; c’est ce qui s’est passé avant qui n’est pas banal, surtout pour certains d’entre eux… En faisant cette réflexion, je pense évidemment d’abord à Louis Van Geyt, décédé récemment, mais aussi à son prédécesseur, Marc Drumaux, et cela pour la simple raison que les mots qui me viennent à l’esprit lorsque j’évoque la forte personnalité de Louis ne diffèrent que très peu de ceux que j’alignai à propos de Marc dans un autre Drapeau Rouge daté de novembre 1972. Et pourtant, les deux hommes n’avaient pas grand-chose de commun en dehors de leur attachement au communisme et, précisons-le, au communisme sous ses formes les plus évoluées, lesquelles n’attendirent pas toujours l’eurocommunisme pour se manifester concrètement. Quant à leurs capacités politiques, elles s’exercèrent avec la même cohérence, mais dans des conditions qui, elles, n’eurent assez vite (presque) plus rien de commun.

Quand Louis Van Geyt accéda à la présidence du P.C.B., sur ma proposition, nul ne pouvait imaginer que le parti allait entrer prochainement dans une phase nouvelle de son histoire, en l’occurrence dans une phase que je qualifierai de terminale, et qu’il en irait ainsi, au demeurant, pour l’ensemble du mouvement communiste international tel qu’on l’avait connu au lendemain de la seconde guerre mondiale et, sous un autre angle, après le XXe congrès du P.C.U.S. dénonciateur du stalinisme. Pour évaluer correctement les qualités politiques de Louis Van Geyt, en ce qu’elles avaient de particulier, il convient de prendre en compte cette situation génératrice de difficultés énormes. En effet, il est historiquement exceptionnel que ce genre de situation n’aille point de pair avec une dégradation du prestige politique des personnalités qui y sont impliquées et donc tenues, parfois un peu vite, pour responsables des échecs des organisations ou des mouvements qu’elles représentent. Or, il en va tout autrement en ce qui concerne Louis Van Geyt. Si l’on n’a pas eu la possibilité de le vérifier à son contact, il suffit, pour s’en convaincre, de lire un livre dont la récente parution, peu avant la mort de l’homme, ne pouvait être plus opportune : La passion du trait d’union, de Jean Lemaître (livre incontournable qui fut d’ailleurs abondamment commenté dans un numéro précédent de ce journal). On trouve dans cet ouvrage une illustration convaincante de mon point de vue lorsque l’auteur fait état du succès d’une action pour la paix auquel contribua beaucoup le président d’un parti communiste pourtant en déclin, action qui, en 1983, rassembla 300.000 manifestants à Bruxelles contre la course aux armements, en particulier nucléaires. Contraste d’une rareté saisissante.

En tant que vice-président du parti et président de son aile wallonne et francophone, j’ai personnellement eu la chance d’avoir des contacts suivis avec Louis Van Geyt. Nous avons toujours été d’accord sur l’essentiel, mais pas toujours, il est vrai, sur des questions que l’on qualifie ensuite de secondaires avant de les oublier sagement. Il y a d’ailleurs dans un passage du livre de Jean Lemaître quelques mots de Louis qui m’ont fait plaisir : en tandem avec Claude Renard…

C’est bien ça. Merci Louis.

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