Recherche de la paix en Syrie et le jeu trouble d'Israël

Le gouvernement d'Israël ne fait pas partie des intervenants à la Conférence de Genève qui discutent et négocient le difficile dossier concernant la situation en Syrie. Cette conférence, appelée « Genève 2 » puisqu'elle prolonge, en quelque sorte, celle qui avait eu lieu, dans la même ville, en juin 2012, a un objectif assez ambitieux. En effet, après l'accord, avec notamment la participation des États-Unis et de la Russie, d'un cessez-le-feu, Genève 2 s'est proposé d'explorer les possibilités d'un accord de paix impliquant les divers protagonistes actifs dans le scénario politique syrien, hormis Daesh et Al-Qaeda.

Visiblement cette perspective de paix ne plait pas, mais absolument pas à Israël. C'est ainsi qu'il a décidé de tout faire pour assurer son échec, y compris les provocations les plus grossières. C'est ainsi que Benjamin Netanyahu a réuni son Conseil des Ministres non pas à Tel-Aviv comme d’habitude mais au plateau du Golan, territoire syrien illégalement occupé par Israël depuis ladite « Guerre des six jours » de 1967. C'est donc, une première en un demi-siècle d'occupation de ces lieux.

Mais la provocation ne concerne pas seulement les lieux, elle concerne aussi la date ; c'est ainsi que cet allié objectif de Daesh a choisi de le faire le 17 avril, c’est-à-dire à la veille d'une réunion particulièrement délicate de la Conférence Genève 2 destinée à chercher les options conduisant à la fin de la guerre dans ce pays martyr, de manière à mieux la perturber. Poussant son délire provocateur à l'extrême Netanyahu a osé déclarer à cette occasion que « quoi qu'il arrive cette frontière ne vas pas bouger » et que le plateau du Golan restera « pour toujours dans les mains d'Israël ». Cette déclaration a suscité presque partout des réactions indignées sauf, bien entendu, de la diplomatie française toujours sous la mainmise des puissants intérêts sionistes.

Quelques jours auparavant, dans la nuit du 12 au 13 avril, le « courageux » Premier Ministre israélien pouvait se vanter d'un exploit de ses forces armées. En effet, les forces du Tsahal ont détruit des installations civiles destinées à la population palestinienne. Rien de nouveau diront nos lecteurs, sauf que cette fois il s'agissait d'une plaine de jeux pour enfants, parfaitement identifiée comme telle et financée par la Coopération belge, endroit qui semble déranger les autorités de l’autoproclamée « seule démocratie » de la région.

Au Brésil la lutte des classes à l'ordre du jour

L'excellent article de François Houtart (pages 10 et 11 de cette édition) nous donne la clé pour comprendre ce qui arrive à ces gouvernements latino-américains qui avaient osé défier et leurs propres oligarchies et l'empire du nord, en se proposant d'importantes réformes portant en particulier sur une répartition moins injuste du revenu national, mais sans réellement toucher les piliers de la domination exercée par le capital transnational et leurs fidèles serviteurs domestiques. Réformer, moderniser, redistribuer sans, par exemple, récupérer le contrôle du système financier sur le plan économique et sans obtenir l'adhésion au nouveau projet de l'administration publique sur le plan politique, n'augure en rien la permanence de l'effort. Nous le voyons aujourd'hui au Brésil.

Dilma Roussef n'est pas attaquée à cause des questions de corruption dont personne n’a pu sortir la moindre preuve contre elle. Ni à cause de la corruption dans son parti dont les preuves ne manquent pas. Dilma (et Lula avant elle) est attaquée parce qu'on ne lui pardonne pas d'avoir prix des mesures en faveur des classes les plus pauvres de la société brésilienne ; pour avoir eu une politique internationale indépendante et solidaire avec les autres expériences progressistes de l'Amérique latine. L'accusation de corruption contre son gouvernement est tellement saugrenue que des simples chiffres démolissent cette accusation. Bien sûr que la corruption est un mal endémique au Brésil et en général, en Amérique latine mais ce que les médias ne disent pas – pourtant si répétitifs sur le sujet – c'est que pendant les 12 ans de gouvernement Lula/Dilma, l'agence chargée de la lutte contre la corruption a lancé plus de 2200 enquêtes sur des cas suspects, contre moins de 50 pendant le gouvernement de Cardoso dont le parti est un des activistes du coup d'État en marche. Est-il dès lors étonnant que la gigantesque et millionnaire campagne médiatique anti-Dilma soit ouverte et publiquement financée par la FISP, c’est-à-dire la Fédération des Industries de Sao Paolo, le syndicat patronal, l'équivalent de notre FEB ? Fait que, bien entendu, les grands médias du monde occultent soigneusement. Comble de l'imposture, il en résulte que les trois personnalités au sommet de l'organisation de la campagne anti-Dilma sont soit en procès pour des faits de corruption (c'est le cas de Miguel Terner, vice-président, censé remplacer Dilma en cas de destitution et d'Edouardo Cunha président du parlement), soit en bonne place parmi les acteurs brésiliens du feuilleton Panama papers (comme Aecio Neves, président du PSD).

En fait, au delà du cas Dilma nous sommes devant un modèle caractérisé par la conjonction du pouvoir de l'argent et des médias, déjà éprouvé en Argentine, destiné à façonner des opinions publiques gérant calomnies et démagogie de manière à les enivrer et les embarquer dans des projets que les politologues américains appellent les "regime change". Modus operandi moderne et civilisé pour prévenir ou finir avec toute tentative d'insoumission au système.

ImprimerE-mail