Non aux arrestations administratives des Sans Domiciles Fixes

La pauvreté s’étend et nous croisons de plus en plus de sans-abris dans nos rues. En février dernier, quand les températures ont brusquement chuté, leur sort est devenu plus inquiétant encore. Y voyant une possible solution, le bourgmestre MR d'Etterbeek Vincent De Wolf a pris une ordonnance visant à confier à la police l'arrestation administrative des sans-abris qui refuseraient d'intégrer les hébergements d'hiver. Cette décision est particulièrement interpellante.

En effet, on peut réellement se demander si ce louable souci de « garantir la sécurité et d'offrir de l'aide aux personnes dans le besoin »- lequel n'est certainement pas étranger aux échéances électorales proches- ne cache pas une nouvelle étape dans la criminalisation de la pauvreté destinée à mieux la dissimuler plutôt qu’à l’éradiquer. Comme la chasse aux chômeurs, la traque des sans-papiers, la criminalisation des luttes sociales ou l'interdiction de mendier ou de consommer des boissons alcoolisées sur la voie publique, l'arrestation administrative des SDF s'inscrit dans une volonté de régler les problèmes sociaux par des mesures administratives de simple police. D'autre part, ce décret nous rappelle l’époque révolue depuis 1992 où la situation d'un SDF était assimilée au délit de vagabondage lequel conduisait au placement de leurs auteurs dans des « colonies agricoles de l'état » pour une durée de trois mois à deux ans.

Manifestement, Mr De Wolf oublie que les personnes qui refusent « l'hébergement » proposé, ont des raisons respectables motivées par des convictions personnelles ou des souhaits , comme celui de ne pas se séparer d'un animal familier, mais surtout par le refus de passer la nuit dans des lieux qui ne leur assurent pas les conditions élémentaires en matière d'hygiène , de sécurité et de respect de leur intimité. Il est curieux de constater qu'au même moment à Liège suite à une explosion due au gaz, les personnes évacuées de leur logement, ont été relogées à l'hôtel. Autrement dit les personnes privées accidentellement de leur logement ont droit à l'hôtel, et ceux qui n'ont pas de logement ont droit à un lit de camp dans la promiscuité d'une salle commune jusqu'à 7 heures du matin. Chacun appréciera.

Au lieu de se draper derrière le sacro-saint devoir d'assister les personnes en danger, Mr De Wolf et ses émules devraient se mettre en tête que la problématique des SDF et des mal-logés n'est pas limitée à l'hiver. Cette problématique est liée à l'extension inexorable de la pauvreté qui doit être solutionnée par la satisfaction des droits sociaux fondamentaux et non par la répression. Cette année, le monde va célébrer le septantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 dont les dispositions, notamment en matière de logement, sont reprises dans l'article 23, § 3 de la constitution belge garantissant à tous « le droit à un logement décent », et non pas l'obligation d'intégrer des asiles de nuit.

Mots-clés: Précarité

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