Bleu, comme l'Enfer ! De l'attractivité d'une région...

Pour cacher son incapacité à résoudre un problème, le médiocre cherchera un bouc émissaire à qui attribuer la cause du mal. L’honnête homme tentera quant à lui, par une analyse « holistique » et la plus objective que possible de comprendre, afin de tirer des enseignements pour l’avenir et éviter de revivre une situation désagréable, une autre déconvenue.

Zalando ne s’installera pas à Dour et monsieur Pierre-Yves Jéholet, Ministre wallon (MR) de l’Economie en est fort marri. Et quand Jéholet est fâché, à l’instar du lama de Tintin et le temple du soleil, il crache sur tout ce qui bouge. Et particulièrement sur ces gréviculteurs de la FGTB qui font fuir le bon investisseur vers d’autres contrées, bien plus accueillantes.

Pour paraphraser Churchill, la violence de ses éructations haineuses, dignes des tweets de Donald Trump par leur médiocrité populiste, excède de loin la précision de ses tirs. Et ses missiles « antirouges » font plouf bien avant d’atteindre leur cible, comme ceux de Kim Jong-Un. Il n’y a pas de raison que la Wallonie n’ait pas aussi son clown, son docteur Folamour.

Dans son délire idéologique, monsieur Jéholet omet – sciemment ? – de prendre en compte le fait que la principale raison du choix de Zalando de s’installer aux Pays-Bas était que la législation sociale de ce pays s’avérait plus « souple » qu’en nos contrées, notamment en ce qui concerne le travail de nuit et sa rémunération.

Pourquoi alors notre justicier bleu-rouge de colère ne fustige-t-il pas le dumping social pratiqué par certains pays membres de l’Union européenne au détriment des autres ? Et nous ne parlons pas ici d’un pays de l’Est en retard économiquement, mais d’un membre fondateur de la Communauté économique européenne !

A-t-il seulement jaugé, avant de vociférer contre le premier ennemi venu à son esprit étriqué, les conditions de travail que proposent des entreprises comme Zalando à ses travailleurs ? La dignité du travail serait-elle une valeur obsolète pour notre Ministre de l’Economie ? L’emploi à n’importe quel prix – mais ce n’est pas lui qui paie les pots cassés ! – c’est une forme de prostitution, de sacrifice des plus précaires au profit de spéculateurs sans aucun scrupule. En se faisant complice de telles entreprises, le monde politique, et sa caricature en la personne de monsieur Jéholet, se font proxénètes.

Le coreligionnaire de notre chantre de l’idéologie moutonnière dominante, monsieur Willy Borsus, Ministre-Président de la Région Wallonne, se produira en spectacle, le 15 mai prochain, dans une conférence-débat mise sur pied par PWC ayant pour thème : « Pour une Wallonie plus forte : le développement économique au cœur de la politique du gouvernement wallon. »

Dans l’annonce de cet événement, un paragraphe traduit parfaitement ce qu’en seront l’esprit et l’idéologie sous-jacents : « Cette conférence-débat traduit notre volonté d’encourager la dynamique entrepreneuriale. Nous savons comme vous que la prospérité de notre région et de son économie dépend en grande partie de la vitalité de nos entreprises et de ses dirigeants. » Ironie ou cynisme de l’histoire, cette conférence-débat aura lieu au Bois-du-Cazier à Marcinelle, haut lieu de mémoire du sacrifice des damnés du charbon à la prospérité de quelques-uns.

Posons-nous la question, à contre-courant de l’idéologie dominante, de ce qui pourrait contribuer à la prospérité d’une région et à son développement économique et social :

1. D’abord des travailleurs qualifiés, dont les aptitudes et compétences sont acquises et confortées par une politique ambitieuse en matière d’enseignement et d’éducation permanente ;

2. Des moyens de déplacement rendant possible une mobilité efficiente de toutes les parties prenantes à l’entreprise (travailleurs, clients, fournisseurs …) ;

3. Des services publics assurant les meilleures conditions d’installation et de fonctionnement des entreprises, ainsi que les services essentiels aux citoyens ;

4. Une sécurité sociale solide mettant les travailleurs à l’abri en cas d’accident de vie ou de travail, garante de la stabilité sociale et faisant office de régulateur en cas de crise (chômage économique, technique ou de force majeure) ;

5. Des aides à l’investissement et à l’emploi, en échange d’un engagement à développer ses activités dans le respect des droits des travailleurs, des lois en vigueur dans la région et de l’environnement ;

6. Une fiscalité stable, mais juste, permettant une redistribution équitable de la croissance créée, ainsi que les investissements publics pour un mieux-vivre ;

7. Des négociations entre patrons et syndicats garantissant la prospérité économique et le progrès social des travailleurs et de leur famille (l’ascenseur social) ;

8. Etc.

Pour rappel, ces conditions ont fait leurs preuves durant les trente glorieuses. Pourquoi sont-elles donc devenues taboues de nos jours ? Tous simplement parce que les politiciens et les financiers sont en cheville pour accroître les inégalités, de sorte à constituer une masse de plus en plus importante de travailleurs précarisés, et donc taillables et corvéables à souhait, pour le plus grand profit d’une caste de plus en plus restreinte de privilégiés.

Cette doxa héritée des années Thatcher-Reagan, assimilée par une social-démocratie qui bafoue ses valeurs de base pour pouvoir accéder à l’assiette au beurre, entend exploiter jusqu’à la couenne les gens qui vivent à genoux et éradiquer ceux qui sont prêts à lutter debout pour défendre leur dignité de femmes et hommes libres.

Voilà pourquoi monsieur Jéholet voue aux gémonies la maléfique FGTB, laquelle a l’outrecuidance de contester l’ordre libéral, de dénoncer l’arbitraire libéral et de combattre les inégalités. Et de l’accuser de causer la mort d’une région par ses actions irresponsables pour la défense des droits et intérêts des travailleurs et allocataires sociaux.

Or quand on observe autour de soi, que constatons-nous ? Notre niveau d’enseignement de plus en plus calamiteux, des routes dans un état pitoyable qui fait de nous la risée du monde entier (dommage que les nids de poule ne s’exportent pas …), des services publics désossés, une sécurité sociale attaquée de toutes part au profit du privé, une justice devant exercer dans des locaux et avec des moyens dignes du dix-neuvième siècle, des prisons insalubres, des communes et CPAS exsangues, etc.

Et tout cela, on ne peut le mettre sur le dos de la FGTB, mais plutôt sur l’incapacité et la démission du monde politique, de quelque bord soit-il, à jouer ses rôles, fondamentaux pour la démocratie, de régulateur et de redistributeur des richesses créées.

Ce que prône tout bonnement monsieur Jéholet et ses complices, c’est la dictature des possédants et l’esclavage des travailleurs. C’est offrir une masse critique de main-d’œuvre docile et âpre à toute tâche pour pouvoir survivre. C’est Germinal ! On n’en est pas encore là et c’est pourquoi Zalando est parti aux Pays-Bas.

Mais les grands bleus vont continuer à œuvrer pour que cela change et que des spéculateurs de tous horizons puissent s’installer chez nous en toute impunité pour sucer le sang du peuple et puis s’en aller.

Monsieur Jéholet est originaire du pays de Herve. Il pourra alors se targuer d’avoir fait de la Wallonie l’autre pays du fromage … et de l’exploitation sans limite.

Bernard LEFEVRE, Délégué FGTB-SETCa.

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