Mary Wollstonecraft, une femme révoltée

Issue d’une classe bourgeoise sur le déclin, Mary Wollstonecraft (1759-1797) fut précurseur à plusieurs titres des mouvements d'émancipation de femmes. N'ayant pas eu accès, comme la plupart des femmes de son temps, à un cursus éducationnel, elle, compense sa formation rudimentaire par d’abondantes lectures pour ainsi s’affranchir d’une famille soumise à la domination paternelle.

Mesurant le fossé qui la sépare du conformisme de la condition féminine, avec une amie et sa sœur, elle ouvre une école dans la banlieue de Londres dans le quartier de Newington Green, foyer de dissidents de l’Église d’Angleterre. Le décès de son associée l’oblige à cesser l’activité pour des raisons financières. Elle prend alors un emploi de gouvernante en Irlande où ses qualités de pédagogue sont reconnues. Cette courte expérience a alimenté son goût pour les choses de l’esprit et sa conviction qu’il est nécessaire d’émanciper les femmes par l’éducation et la rationalité. Peu après avoir été congédiée de ce poste, elle décide d’embrasser une carrière littéraire.

Elle s’installe alors à Londres pour vivre de sa plume, une gageure à cette époque pour une femme. L’éditeur, Joseph Johnson, l’engage en tant que critique littéraire. Les ouvrages qu’elle recense élargissent son horizon et elle fréquente l’élite intellectuelle londonienne et deux personnalités particulièrement progressistes la marquent : Thomas Paine, pamphlétaire radical, adepte enthousiaste des thèses révolutionnaires qui avaient cours en Amérique et en France et le philosophe William Godwin, un des premiers représentants de la pensée socialiste qui affirme une doctrine proto-anarchiste. C’est dans un tel contexte qu’elle s’emploie à dénoncer le despotisme et les discriminations dont les femmes sont victimes. Elle en attribue la responsabilité au patriarcat. Rejetant l’ordre de l’oligarchie aristocratique, Mary Wollstonecraft se forge une première conscience de la classe ouvrière. Son radicalisme va exercer une influence considérable sur le monde du travail.

En 1790, alors âgée de 31 ans, Mary Wollstonecraft fait une entrée remarquée sur la scène intellectuelle avec Défense des droits des hommes, ouvrage qui contribue à enflammer la guerre des pamphlets pour ou contre la Révolution française menée en Grande-Bretagne. L’ouvrage est une satire politique inspirée par ses Réflexions sur la Révolution en France dans lequel elle s'en prend aux privilèges héréditaires, attaque la monarchie et prône le républicanisme.

Il règne alors à Londres, un engouement pour ce qui se passe à Paris et fin 1792, désireuse d'être en personne témoin de la fièvre révolutionnaire, elle embarque pour la France où elle reste environ deux ans, jusqu'à la montée des violences en 1795. Sans être mariée, elle tombe rapidement enceinte. Elle se retrouve donc seule avec son bébé au beau milieu du tumulte qui suit 1789. Ses tribulations ne l’empêchent nullement de poursuivre ses activités littéraires et de faire l’apologie des événements qui se déroulent sous ses yeux.

Souvent considérée comme son œuvre féministe la plus radicale, Maria ou le malheur d'être femme conte l'histoire d'une femme emprisonnée dans un asile d'aliénés par son mari. L’auteure se centre sur les « torts » faits par la société à la femme et met en cause l'institution patriarcale du mariage. Le roman est par ailleurs novateur par sa célébration de la sexualité féminine, ainsi que par un sentiment d'identité qui transcende les classes sociales. Le malheur d'être femme est ce qu'on appelle à la fin du XVIIIe siècle un « roman jacobin », un récit philosophique faisant l'apologie des idées de la Révolution française. Elle y fait usage du dialogue philosophique et par une patiente déconstruction des représentations de la féminité, elle démonte l'idéologie du mariage, dans laquelle les femmes sont des biens échangeables, réduites à l'état d'objets et privées de leurs droits naturels.

Deux ans plus tard, en 1792, elle écrit ce qui est devenu son œuvre la plus célèbre, Défense des droits de la femme. Elle y affirme que les femmes doivent recevoir une éducation fondée sur la raison et non pas sur la tradition. Elles sont à même de penser en toute clarté et méritent, de ce fait, l’accès à l'éducation. Lettres écrites lors d'un court séjour en Suède, en Norvège et au Danemark, 1796 est un récit de voyage en vingt-cinq lettres rédigées dans un style très personnel, la dernière œuvre parue du vivant de l’auteure.

Elle plaide ici encore toujours pour l’émancipation des femmes, insistant aussi sur les effets nocifs du commerce sur la société. Elle est d'avis que le commerce « abrutit » l'esprit et nourrit chez ceux qu'y s'y livrent une propension à l'égoïsme. Le commerce devrait être, pense-t-elle, « régulé par des idées de justice et d'honnêteté, et dirigé vers les idéaux d'indépendance et de bienveillance » Cette brève carrière n’a pas laissé d’influencer des personnalités aussi éloignées politiquement que Virginia Wolf ou Emma Goldman. Ses positions anti esclavagistes et sa critique de la marchandisation connaîtront un retentissement prolongé jusqu’à nos jours.

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