Elections au Congo : derrière le labyrinthe électoral

Le président de la République Démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila aura passé l’essentiel de son second et dernier mandat, au lendemain d’élections contestées, à chercher comment mieux organiser l'héritage de son règne.

Les premières manœuvres de recherche de légitimité furent les concertations nationales organisées en septembre 2013, visant à intégrer des membres de l’opposition dans ce processus et à en attirer certains dans un gouvernement d’union nationale. Ces concertations ont partiellement atteint leur but, sous le regard déterminé et narquois d’Etienne Tshisekedi qui les boycotta. Il s'agissait pour Kabila d'essayer de changer la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat, interdit par celle-ci.

N’arrivant pas à acquérir cette légitimité, il s’est tourné vers une quête de temps, celui qui lui permettrait d’aller au-delà du 31 décembre 2016, date sanctionnant la fin de son dernier mandat. Il organisa alors un dialogue sous l’égide d’Edem Kodgo, secrétaire général de l’Union Africaine et ancien premier ministre togolais, dialogue mort-né suite au boycott de l’opposition. Il n'eut alors que le temps de nommer un Premier Ministre dissident (Samy Badibanga) en activité jusqu'aux accords de la St Sylvestre (31 décembre 2016) qui lui permettront d’exercer une année supplémentaire au pouvoir et d’organiser les élections.

Le 1er février 2017, Etienne Tshisekedi meurt à 84 ans, sans laisser d'héritier. Après une bataille désorganisée au sein de l’ opposition congolaise, c’est finalement Bruno Tshibala qui est désigné grâce au talent de manipulateur de Kabila, provoquant un énième schisme au sein de l’ UDPS (L'Union pour la démocratie et le progrès social parti d'opposition fondé par Tshisekedi). Le 31 décembre 2017, sans que les élections aient eu lieu,c'est la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) qui se déclare apte pour les organiser pour ce 23 décembre 2018. La CENI est présidée par Corneille Nangaa, que beaucoup voient comme inféodé à Kabila. C’est donc dans ce climat délétère qui semble arranger les affaires de la présidence puisque deux ans après la fin de son mandat constitutionnel, Joseph KABILA est toujours assis sur son fauteuil que se dérouleront les prochaines élections.

Pendant ce temps l’opposition avec son candidat Tshibala, censé battre le dauphin de Kabila, Emmanuel Shadary, semble perdue dans ses contradictions. La candidature de Shadary semble cependant opérationnelle, riche des caisses de l’état. En attendant, la situation à l’est du pays est catastrophique, des gens sont tués quotidiennement, des femmes et des enfants subissent les pires sévices par une multitude de groupes armés au service de multinationaux étrangers occupés à piller les minerais précieux dont le coltan, qui alimentent smartphones, voitures électriques et autres produits dans le monde entier.

Le Congo est donc très loin d'avoir réussi à prendre le chemin d'un développement juste et solidaire comme le rêvait Patrice Lumumba. A ce sujet la responsabilité de Joseph Kabila, le fils du regretté Laurent-Desiré, est très importante. Mais n’oublions pas , et peut-être surtout, celle de ces grands intérêts financiers qui on fait d'un pays si riche un des plus misérables socialement de la planète et ce, bien entendu, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le nôtre, qui ont toujours été plus disposés à se soucier de la santé des multinationales que de celle du peuple congolais. Nous reviendrons plus en détail sur ce sujet dans une prochaine édition.

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