Lueur d'espoir au Mexique; horreur et révoltes en Colombie

La différence entre les résultats électoraux en Colombie et au Mexique n’est pas grande, et cependant au Mexique Andrés Manuel Lopez Obrador, -AMLO-, a pu remporter la présidentielle, avec une marge suffisante pour empêcher la droite de frauder cette fois-ci; tandis qu’en Colombie, la gauche menée par Gustavo Petro a fait une percée historique (8 millions de voix). Là où AMLO a trouvé une droite divisée, le système du second tour a obligé Petro à affronter un ennemi unique au second tour, et les spectaculaires 8 millions de voix engrangées- surtout parmi les jeunes- n’ont pas réussi à empêcher le retour au pouvoir de la droite extrême, menée par Ivan Duque en façade, mais en réalité par l’ancien président Uribe.

Les deux pays sont gangrénés par les mafias de la drogue, même si la direction des opérations s’est déplacée vers le pays du Nord. On n’attend pas d’AMLO une révolution socialiste, - pour accéder au pouvoir, il s’est du reste même entendu avec les puissantes églises évangélistes-, mais au moins une lutte contre la corruption, une présence accrue de l’Etat, un assainissement des aspects les plus désastreux des politiques néolibérales menées par ses prédécesseurs, comme par exemple la privatisation de l’industrie pétrolière. D’ores et déjà il a énoncé une longue liste de mesures à prendre pour assainir la vie politique du pays, et il devrait s’installer un climat propice aux propositions et actions des mouvements sociaux et des forces démocratiques alternatives.

En Colombie, la politique économique de Duque sera la continuité, en pire, des politiques élitistes de Santos, le président sortant. Priorité à l’extraction minière, à la présence des investisseurs étrangers -notamment pour l’accaparement des meilleures terres-, à l’exportation des énergies fossiles, au détriment des populations locales. Mais en plus, ce sera le gouvernement du non respect des accords de paix, de l’assassinat des dirigeants sociaux, défenseurs des droits humains, des opposants politiques locaux, et du musèlement du peu de justice indépendante existant encore, afin de garantir l’impunité des crimes, notamment ceux commis par l’ancien président Uribe.

Depuis l’élection du président Duque-Uribe, les assassinats de leaders locaux du mouvement social, de défenseurs des droits humains et d’opposants politiques locaux se sont multipliés, jusqu’à 2 ou 3 assassinats par jour en moyenne. Il s’agit d’une politique clairement coordonnée au niveau central (et qui d’autre que l’armée peut le faire ?), visant à casser les résistances aux projets mortifères et anti-écologiques dans tout le pays, en visant les dirigeants locaux de manière à ne pas essuyer trop de critiques internationales.

La responsabilité de l’Union européenne est engagée, puisqu’elle a signé un accord de libre-échange assorti d’une clause des droits humains, et parce que les assassinats profitent souvent d’entreprises européennes, comme par exemple dans le cas du barrage d’Ituango sur le fleuve Cauca. La banque BNP Paribas-Fortis, mais aussi el Banco Santander et BBVA financent ce projet de barrage désastreux, alors que plus de 1000 habitants de la région qui s’y opposaient ont été liquidés, 62 massacres (de 4 personnes et plus) ont été commis, notamment les massacres de El Aro et La Granja qui impliquent directement l’ex-président Uribe.

Les accords de paix ont libéré en Colombie une énergie de résistance qui a surpris le pouvoir en place lors des récentes élections, et l’a obligé à se raidir, en instaurant un gouvernement adepte à l’extrême des vieilles recettes répressives et des politiques économiques élitistes rejetées par des millions de Colombiens, surtout les plus jeunes. C’est une politique criminelle qui replonge la population dans la peur à court terme, mais qui est en même temps peu intelligente et intenable à moyen terme pour la bourgeoisie colombienne, dans ce pays qui se caractérise par son haut niveau de résistance.

Le panorama politique s’est fortement clarifié lors des dernières élections, avec la montée en puissance d’un vrai projet susceptible de répondre aux défis politiques et économiques, mais aussi aux défis socio-écologiques, alors que c’est de moins en moins clair en ce qui concerne la plupart des gouvernements “de gauche” qui sont montés au pouvoir durant la décade précédente. Plus que jamais donc il convient de protéger les Colombiens en lutte, et d’interpeller les autorités belges et européennes sur leur silence et leur complicité, pour ne pas dire leur alliance avec un gouvernement d’extrême droite qui se caractérise par des violations massives des droits humains, l’impunité et la corruption.

En Colombie, l’UE appuiera-t-elle les démocrates et les jeunes colombiens, ou bien cette vieille caste dirigée par l’ancien Président Uribe, avec qui elle avait négocié un accord de libre-échange, alors qu’on savait déjà qu’il avait été le meilleur allié de Pablo Escobar, et le promoteur des escadrons de la mort. Au Mexique, l’Union européenne appuiera-t-elle de manière décidée le gouvernement de l’assainissement de la politique et de l’économie ?

L’expérience indique qu’il y a lieu d’être optimiste sur la capacité de renouveau de la résistance des démocrates colombiens et mexicains ; et pessimiste sur la capacité de l’Union européenne de les appuyer comme devraient l’y obliger ses principes fondateurs inscrits dans les Traités, et ses engagements internationaux tels que ceux concernant la lutte contre le changement climatique.

Paul-Emile Dupret est conseilleur du groupe de la Gauche Unitaire Européenne (GUE) du Parlement européen

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