Au Venezuela, l'impérialisme yankee dans toute sa splendeur

Fin janvier, Juan Guaido, le président du parti d'opposition « Voluntad Popular », que l’on pourrait qualifier de « second couteau » de l’opposition vénézuélienne, prononçait un discours devant quelques centaines d'opposants à Maduro. Rien de vraiment étonnant dans un pays en pleine agitation politique que la crise économique ne fait que renforcer. Sauf que le jeune orateur a terminé son discours - qui se révéla être en fait un exercice particulièrement bien préparé- par une prestation de serment et s’est autoproclamé rien de moins que président du Venezuela.

Rien de bien sérieux au premier abord. Imaginons-nous un instant, dans la France, secouée depuis plusieurs mois par les gilets jaunes,, qu’Eric Drouet, un de ses dirigeants, prétextant cette même crise, s’autoproclame, devant une centaine de ses compagnons , président légitime en lieu et place d’Emanuel Macron. La scène prêterait à sourire tant la situation paraîtrait pour le moins grotesque. Et pourtant, c’est ce qui s’est passé au Venezuela; à la nuance près que l’autoproclamé président fût reconnu immédiatement comme le nouveau Président du Venezuela par les Etats-Unis et les gouvernements ultraréactionnaires de la Colombie et du Brésil ainsi que par les éternels vassaux européens, dont le premier d’entre eux Emmanuel Macron, provoquant par la même la colère du social-démocrate espagnol Pedro Sanchez, furieux d’avoir été devancé dans la course à la soumission par son homologue français.

A la recherche d'un prétexte..

L’argument majeur des donneurs de leçon occidentaux pour cautionner le coup d'état de Guaido serait que les dernières élections qui ont vu M. Maduro se faire réélire seraient frauduleuses. Or ils oublient - ou font semblant- que de très longues négociations eurent lieu en République Dominicaine, tout au long de l'année 2016, sous l’égide de l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, de l’ex-président de la République Dominicaine, Leonel Fernandez et de l’ex-président du Panama, Martin Torrijos. Ce processus, qui comptabilisera plus de 150 réunions, a abouti en janvier 2018, à la rédaction d’un accord portant sur la convocation d’une élection présidentielle anticipée ainsi que sur ses garanties électorales.

Mais au dernier moment, Julio Borges, l’ancien président de droite de l’Assemblée nationale s'est rétracté. Jorge Rodriguez, chef de la commission de dialogue pour le gouvernement l’explique comme ceci : « Borges a reçu un appel téléphonique de Colombie, de l’ancien secrétaire d’État US, Rex Tillerson (…) L’opposition nous a alors annoncé qu’elle ne signerait pas l’accord ». M. Rodriguez Zapatero a alors envoyé une lettre à l’opposition pour lui demander quelle était son alternative dès lors qu’elle refusait de participer à une élection présentant les garanties sur lesquelles elle avait elle-même travaillé. Face à cette interpellation, l’opposition vénézuélienne s'est scindée concernant la stratégie à adopter: sa fraction la plus radicale a décidé de ne pas participer, l’autre a décidé de présenter un candidat, Henri Falcón. Deux autres prétendants participeront également à cette élection; mais cela ne nous empêchera pas d’entendre sans cesse sur toutes nos ondes que Nicolas Maduro était l’unique candidat à l’élection. Face à ce demi-revers les USA et l’Union Européenne ont décidé -- anticipativement -- de ne pas reconnaître les résultats du scrutin.

L’ex-premier ministre espagnol Rodriguez Zapatero, pourtant peu suspect de parti pris « chaviste », n’avait alors, en mai 2018, pas eu de mots assez durs pour qualifier l'attitude, des Etats-Unis et de l'Union Européenne de "désapprouver les élections présidentielles au Venezuela avant même qu'elles n'aient lieu. C'est une absurdité et une marque d'irresponsabilité" avait-il déclaré. Nonobstant la campagne de sabotages, M. Rodriguez Zapatero et plus de 2000 autres observateurs internationaux et nationaux assisteront aux élections et ne relèveront aucune fraude.

«Double standard» répétait inlassablement l’ancien Président équatorien Rafael Correa sur les ondes de La Première pour qualifier l’attitude de l’Union Européenne qui, après un vote du Parlement Européen, décidait non seulement de reconnaître M. Guaido comme président mais d’approfondir encore les sanctions économiques à l’encontre du Venezuela pour, par après, avec l'hypocrisie dont ils sont maîtres, pleurnicher sur les difficultés que connaît le peuple de ce pays.

Ainsi, ces valets européens, pourtant si prompts à s’offusquer de n’importe quel tweet imbécile du président américain deviennent si obséquieux et dociles lorsqu’il s’agit d’un tweet leur ordonnant d’obéir aux diktats du Pentagone ; qu’il s’agisse, comme hier, de bombarder la Syrie ou, aujourd’hui, de faire tomber un gouvernement de gauche élu démocratiquement.

L’impérialisme américain, cette fois sans masques

Il fut un temps où des bonnes âmes, y compris de gauche, pensaient que l'impérialisme yankee de la fin du 19e et début du 20e siècle, celui du Teddy Roosevelt et son mot d'ordre du "big stick" (le gros bâton) pour imposer ses intérêts, était bel et bien fini. Le mythe Kennedy eu une grande influence dans cette imposture. Oubliant que sous ce même JFK les attentats contre Cuba et les plans pour assassiner Fidel proliféraient. Même chose sous Carter, Clinton ou Obama pourtant auréolés des images un tantinet béatifiantes, notamment à propos de ce dernier, les Vénézuéliens n'oublient pas qu'il fut le premier à soumettre le pays à des sanctions économiques et que c'est lui qui dans un décret qualifia le Venezuela de " menace extraordinaire pour la sécurité des Etats-Unis". La différence avec Trump, c'est qu'il ressort le "big stick" sans le moindre scrupule, avec fierté même.

Les déclarations de John Bolton, président du Conseil National de Sécurité et conseiller spécial à la sécurité nationale de M. Trump — artisan du retrait des USA de l’accord de non-prolifération nucléaire en Iran et plus récemment de la rupture du traité sur les armes nucléaires intermédiaires avec la Russie — interrogé ce 24 janvier par la chaîne américaine Fox Business ne s’embarrasse d’aucune circonvolution et affirme que : « Cela fera une grande différence économique pour les Etats-Unis si nous pouvions avoir des compagnies pétrolières américaines qui produisent et investissent dans les capacités pétrolières du Venezuela. » Accordons-lui au moins le mérite de la franchise .

A ce titre le parachutage de M. Guaido ne doit rien au hasard ; en effet M. Guaido n’est point un inconnu des services américains. Au mois de décembre dernier, ce jeune collabo voyageait à Washington pour recevoir des consignes; mais aussi en Colombie et au Brésil afin de rencontrer des officiels et coordonner leurs stratégies visant à préparer le chaos aux frontières. La farce ne s’arrête pas là ; après avoir, par la voix de leur président Donald Trump, tout bonnement menacé d’envahir le Venezuela, les Etats-Unis qui ont organisé depuis de longues années le blocus du pays le plongeant dans une crise encore plus profonde, prétendent maintenant vouloir "aider" les Vénézuéliens: des tonnes d’ «aide humanitaire» américaines sont stockées à la frontière du Venezuela dans la ville colombienne de Cucuta, dans le Nord du Brésil et dans unn troisième lieu, dans la petite île néerlandaise de Curacao, tandis que Nicolas Maduro, se remémorant les lourdes conséquences de l’ « aide humanitaire » américaine envoyée - en fait, des armes pour les "contras" - au Nicaragua sandiniste des années 80, positionne ses troupes à ses frontières.

Mais bien décidé à poursuivre leur mascarade, le camp du "bien" de la démocratie et des droits de l'homme mobilise tous ses recours y compris ceux de l'industrie du divertissement, ceux qui font sa "société du spectacle", pour mieux emballer et embellir le crime suprême qu'il prépare. Après les tweets des vedettes du show-business, c’est un concert géant regroupant de nombreuses célébrités qui a été organisé le 23 février par le milliardaire Richard Branson à la frontière vénézuélienne pour mieux préparer le festin de violence indispensable à la conquête du pétrole vénézuélien . Ainsi les troupes yankees et leurs mercenaires forceront les frontières du pays de Bolivar et de Chavez au son et au rythme de la musique. Difficile d'avoir une mise en scène plus fidèle de la misère morale dans laquelle est tombé le pays leader du monde "libre".

Imprimer E-mail

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir