En Pologne, l’anticommunisme à marche forcée

Au cœur d'une Pologne malmenée par l'extrême droite au pouvoir, le processus dit de « décommunisation » s'intensifie. La délégalisation du Parti communiste polonais (KPP) est désormais à l’ordre du jour !

Depuis 1990 et la restauration du capitalisme outre-Oder, les dirigeants polonais adoptent des mesures dites de « décommunisation » : privatisation des entreprises publiques et des logements collectifs, fermeture d’usines, modification des programmes dans le domaine de l’enseignement de l’histoire visant à édulcorer le souvenir du mouvement ouvrier des XIXe et XXe siècles, lois de lustration de 1997 et 2007 interdisant l’accès à la fonction publique aux anciens « collaborateurs du régime », tentative d’interdiction des symboles communistes en 2009…

Réécrire l’Histoire

Une première vague de débaptisation de rues et places évoquant les grands noms du mouvement ouvrier (Marx, Lénine, etc.) affecte aussi le pays. Fleurissent alors les patronymes à la gloire de Karol Wojtyla, chef de l’Eglise catholique, du maréchal Jozef Pilsudski ou encore du général Wladyslaw Anders, croisé de l’anticommunisme… Depuis le retour au pouvoir à l’automne 2015 du parti « national-catholique », Droit et Justice (PIS) de Jaroslaw Kaczynski, cette campagne de démonisation de la Pologne populaire (1944 – 1989) redouble d’intensité.… L'objectif ? Effacer le souvenir de ses indéniables avancées sociales à un moment « où une majorité de citoyens polonais continue à considérer que son bilan est positif », fait remarquer l’historien Bruno Drweski. En septembre 2016 entrait ainsi en vigueur une loi interdisant toute référence au « communisme » dans l’espace public. Les collectivités locales ont alors eu un an pour se plier à cette exigence. Comme un « ministère de la Propagande » au service de la réécriture de l’histoire dans un sens ultranationaliste et clérical, l’Institut de la mémoire nationale (IPN) établit une liste de noms à bannir de l’espace public. Y figurent des bâtisseurs de la Pologne populaire, mais aussi des résistants assassinés par les nazis, des participants aux brigades internationales en Espagne, des patriotes silésiens ou encore des militants socialistes d’avant 1917… Comme s’il s’agissait de « nier toute la tradition de la gauche radicale polonaise », souligne l’universitaire Pawel Sekowski. Parmi les militants communistes sur la sellette, Wincenty Pstrowski (1904 – 1948), ancien mineur de charbon en Belgique, élevé au rang de « héros du travail » par la Pologne populaire.

La mémoire de la Résistance affectée

A Walbrzych en Basse-Silésie où ont été rapatriés à la Libération des centaines de mineurs en provenance de France ou de Belgique, la municipalité a envisagé de débaptiser la rue « Burczykowski » du nom d’une famille de résistants ayant combattu le nazisme à Sallaumines dans le Pas-de-Calais. Le père est mort en déportation à Sachsenhausen et trois de ses fils ont été assassinés par les nazis ! Cette perspective a suscité un tel tollé dans le nord de la France que Walbrzych finit par renoncer à son projet. En Pologne même, des résistances se font jour. Ainsi la population de Gdansk se mobilise pour le maintien de la rue de la Brigade Dabrowski, une unité combattante qui a accueilli une majorité de volontaires polonais pendant la guerre civile en Espagne. Idem à Katowice pour le général communiste Jerzy Zietek (1901 – 1985), homme fort de la Silésie. A Sosnowiec, la population s’est prononcée par référendum contre la débaptisation du rond-point « Gierek » du nom de l’ancien dirigeant de la Pologne populaire.

Le KPP (Parti communiste polonais) en ligne de mire

Parallèlement, en dépit des accords liant la Pologne à la Russie, la destruction des monuments à la gloire des 600 000 soldats et officiers de l’Armée rouge qui ont libéré la Pologne du nazisme, prend désormais un caractère systématique… Enfin, trois dirigeants du KPP sont aujourd’hui poursuivis par la Justice polonaise sous prétexte de « promotion du totalitarisme ». L’odieux amalgame entre communisme et fascisme est de mise dans cette Pologne qui permet, dans le même temps, aux fascistes de parader en toute impunité ! Les militants communistes encourent une peine de deux ans de prison. Parallèlement, le ministère de la Justice a diligenté une enquête visant à apprécier la conformité d'avec la Constitution des activités du KPP, dans le but de l’interdire.

Edward Gierek, fils du prolétariat français et belge

 

Il demeure une figure du mouvement ouvrier tant en Pologne qu'en France ou en Belgique où il a travaillé comme mineur de charbon. Arrivé dans l'Hexagone à l'âge de dix ans, Edward Gierek (1913 – 2001) y est expulsé en 1934 suite à une grève à la fosse 10 de Leforest (Pas-de-Calais). Il gagne alors la Pologne, mais re-émigre trois ans plus tard, dans le Limbourg belge cette fois. Résistant au nazisme, ce militant communiste fait le choix en 1948 du retour en Pologne. Un pays qu’il dirigera de 1970 à 1980. En mai dernier, le tribunal administratif de Gliwice se prononçait en faveur de la débaptisation du rond-point « Gierek » à Sosnowiec où il repose. La municipalité devait faire appel de cette décision. Quant à la commune d’Auby (Nord), elle envisage de baptiser une rue à son nom, le 13 juillet prochain. Comme un pied-de-nez aux pratiques révisionnistes en cours en Pologne. JK

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