Palestine : le grand oubli

Depuis le début de la guerre d’Afghanistan en 1979, les Palestiniens n’ont pas de chance. Chaque fois que leur cause connait un regain de sympathie et que le monde découvre par-dessus la « clôture de sécurité » en béton haute de plusieurs mètres leur situation réelle, un événement se produit qui détourne l’attention. Ce qui fait dire à beaucoup d’entre eux que derrière chaque crise dans le monde arabo-musulman, il y a toujours ou presque le gouvernement de Tel Aviv à la manœuvre. Cette fois-ci, alors que la victoire de l’armée syrienne semblait acquise, l’affaire des armes chimiques présumées a éclaté et servi de prétexte aux bombardements par les Etats-Unis et deux de leurs alliés.

Ce qui a fait oublier la violence des répressions des manifestations des « journées de la terre » en Palestine au cours desquelles l’armée d’occupation a tiré sur des manifestants « armés » de pierres, causant de nombreux morts et blessés. La question palestinienne reste malgré tout centrale car c’est par rapport à elle que se positionnent les régimes arabes, qu’ils la mettent en avant quand ils soutiennent les droits des Palestiniens ou qu’ils l'ignorent quand ils veulent établir des relations privilégiées avec les puissances soutenant Tel Aviv.

Géopolitiquement, la Palestine dans ses frontières dessinées lors des accords Sykes-Picot, coupe en deux parties séparées l’aire culturelle arabe, empêchant ces pays de s’unir comme ils en rêvaient au sortir de la colonisation. Symboliquement, la Palestine, c’est Jérusalem/al Quds, le berceau de la culture sémitique, donc aussi arabe. C’est vers cette ville que juifs, chrétiens et musulmans ont dirigé leurs premières prières. Elle symbolise la venue des temps messianiques où devraient régner la paix et la justice, ce qui parle aussi aux athées. La Palestine, c’est enfin le droit au retour exigé par une résolution de l’ONU pour que les réfugiés expulsés en 1948 puissent revenir sur leur terre. Droit imprescriptible même si les accords d’Oslo semblaient avoir mis cette question sous le boisseau. Si la question de Gaza est si brûlante, ce n’est pas seulement parce que c’est le territoire le plus densément peuplé au monde, le plus fermé également et sans doute l’un des plus maltraité à cause du blocus, du manque d’eau potable, d’électricité et de services sanitaires de base. C’est aussi parce que quatre Gazaoui sur cinq sont des réfugiés vivant à un jet de pierre des terres dont ils ont été expulsés et qui ont été distribuées à des colons amenés là au nom de la compensation pour les malheurs subis par d’autres juifs en ...Europe.

La Palestine, c’est aussi la question d’un Etat dont la légitimité découle d’une réinterprétation de la religion juive par des politiques surtout laïcs qui lisent la Bible comme s’il s’agissait d’un contrat foncier conclu entre un peuple et son Dieu au dépens d’autres peuples. Interprétation que les rabbins traditionalistes ont rejetée jusqu’à ce que des « laïcs » la détournent. La question palestinienne résume donc les contradictions de l’Europe d’avant 1945 quand le concept de nationalité ethno-religieuse a été opposé au concept progressiste de nation territoriale, comme elle résume les contradictions du monde arabe, partagé entre des monarchies qui doivent leur survie à l’appui des puissances coloniales relayées depuis par les USA face aux aspirations de leurs peuples.

La plupart des Palestiniens vivant sous occupation ont connu à un moment ou à un autre de leur vie la prison dont ce sont quelques noms emblématiques qui constituent la face émergée de l’iceberg de l’archipel des prisons israéliennes. De plus, les Palestiniens doivent se battre seuls car leurs voisins sont traversés par des tensions exacerbées par des ingérences étrangères et que la société israélienne a vu disparaître la plupart des mouvements pacifistes au profit de tendances d’extrême droite religieuses ou laïques. Les Palestiniens semblent seuls aussi car l’Autorité palestinienne a perdu depuis longtemps tout mandat représentatif et que les accords d’Oslo n’ont eu pour résultat que de mettre un terme à la lutte armée en faisant de la police palestinienne le supplétif des forces d’occupation. Restent le Hamas et le FPLP pour mener des activités militantes.

Mais la gauche internationale hésite, hélas, à soutenir le principe qui fut le sien, à savoir qu’on doit être solidaire d’un peuple en lutte et qu’on ne peut lui refuser le droit de choisir ses méthodes de combat et ses organisations de résistance. Cette résistance-là a aussi subi les conséquences du « printemps arabe » puisqu’une partie du Hamas a été tentée de suivre, après 2011, les pétromonarchies contre ses alliés traditionnels, Syrie, Iran, Hezbollah, ce qui a contribué à diviser ses rangs. Aujourd’hui, la masse des Palestiniens manifeste sans plus faire allégeance à l’une ou l’autre des factions politiques, ce qui repose la question du projet étatique. L’échec d’Oslo, la disqualification des Etats-Unis comme médiateur suite à la décision de reconnaître Jérusalem comme capitale de « l’État juif » et les effets de la colonisation de la Cisjordanie semblent démontrer le caractère caduc de la « solution à deux Etats » ce qui pose donc celle du retour de la revendication de la solution à un Etat, unifié, laïc, démocratique, non ethnique.

Mots-clés: Palestine

Imprimer E-mail

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir