L’écologie est-elle soluble dans le capitalisme ?

La très nette poussée du parti Ecolo aux dernières élections et dans les sondages a provoqué une assez amusante ‘course à l’échalote’ (bio) : c’est à qui, au centre, à ‘gauche’ PS ou tout à fait à droite, se montrera soudain le plus préoccupé par les questions environnementales et par la lutte contre le réchauffement climatique. Y a-t-il une chance pour que l’économie libérale de marché, qui est l’horizon indépassable pour tous ces partis, deviennent ‘verte’ ?

Le moteur fondamental de notre économie est le profit ; le miracle pourrait donc s’opérer en intéressant le capital à « produire vert », à faire en sorte qu’il soit rentable d’intégrer des préoccupations écologiques dans le produit à vendre. C’est tout le sens du « 6e pôle de compétitivité dédié aux nouvelles technologies environnementales » lancé en 2010 par le gouvernement wallon, fièrement porté par un Jean-Michel Javaux, devenu depuis administrateur à Lampiris, puis à Meusinvest.

Des entreprises vont recevoir des incitants, des cadeaux fiscaux, pour apposer un label vert sur leur production. Une enquête a montré ce qu’il y avait vraiment derrière le slogan de Lampiris « qui fournit de l’électricité 100 % verte » : l’écologie est plus un argument de vente qu’autre chose. Comme la pub indécente de Total « Chez Total, la préservation de l'environnement est un impératif », alors même que le groupe est l'un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre au niveau mondial, pour le profit de ses actionnaires .

La seule loi qui compte réellement au delà de tous les beaux discours, c’est le gain immédiat. Si une mesure environnementale entraîne une perte de compétitivité par rapport au concurrent, la loi du marché balayera inexorablement les préoccupations écologiques. Imaginer le contraire, imaginer un capitalisme vertueux est aussi raisonnable que de vouloir moraliser les crocodiles. Ce n’est pas une question de rapacité, mais une simple question de mécanique, aussi imparable que la loi de la gravité.

On a l’exemple célèbre des transports publics de San Francisco rachetés au début du siècle par l’industrie pétrolière et automobile dans l’unique but de les démanteler. On nous pousse aujourd’hui à changer nos voitures pour de chers modèles électriques bien propres (sans trop s’attarder sur la pollution qui sera générée par la production de leurs composants) ; mais il est inenvisageable d’arrêter la pub pour les voitures individuelles, ou de faire en sorte que l’on puisse s’en passer : les transports en commun se raréfient, les petites gares sont fermées, les voyages en train deviennent un luxe hors de prix. Centres de travail et centres commerciaux sont placés hors des villes, dans des zonings impossibles à atteindre sans auto.

Notre modèle de production ne peut survivre qu’en vendant toujours plus, et cela signifie consommer toujours plus, et donc jeter pour pouvoir acheter à nouveau. L’exemple des Smartphones est typique. Ou encore celui de l’obsolescence programmée. Dans une société ou la production n’aurait pas pour objet le profit de quelques uns, cela n’aurait à l’évidence aucun sens : La cause principale de la destruction de la planète est ce système économique même.

Quand le vert prend des tonalités kaki..

Notre modèle de production globale a comme corolaire immédiat l’exploitation anarchique des ressources de la planète, et la destruction de la nature pour le profit des multinationales.

Monsanto a, par exemple, imposé son coton OGM aux paysans africains, par l’intermédiaire de gouvernements corrompus, détruisant à long terme leurs terres, au nom du libre-échange. Les tribunaux d’arbitrage, un point central des traités de libre-échange (comme dans le CETA, auquel notre pays risque bien de se plier finalement !), servent aussi à soutenir ces procédures. Il y a quelques mois, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a rendu une décision favorable à Chevron, sommant l’Équateur d’annuler la sentence rendue par ses tribunaux contre le géant pétrolier américain, responsable d’un désastre environnemental dans la région amazonienne du pays. Et il y a tant d’exemples de ce type.

Ce modèle insensé de production au profit d’une infime partie de l’humanité entraîne nécessairement le pillage des ressources de la planète, et donc la mainmise des multinationales sur des pays tiers. Tout régime s’opposant à ce pillage se retrouve rapidement dans le camp des ennemis de l’Occident (« la Communauté Internationale ») et mis en accusation au nom de la Liberté, de la Démocratie, des Droits de l’homme…

Etre aveugle à propos de ce mécanisme condamne à avaler la propagande humanitaire dont on enrobe les guerres impérialistes, menées in fine pour assurer la mainmise sur les matières premières ou leurs routes de transfert. Cela explique pourquoi les Verts, dans toute l’Europe, sont de si constants soutiens de ces agressions humanitaires, de la Yougoslavie (on se souvient de Joschka Fisher), à la Syrie. En 2011, Wouter De Vriendt, chef de groupe Ecolo- Groen à la Chambre, plaidait avec ardeur en faveur de l’intervention de l’Otan contre la Libye : « Lorsque des droits humains sont bafoués à très grande échelle, la communauté internationale dont nous faisons partie ne peut rester sur la touche. Nous devons intervenir lorsque cela s'avère nécessaire pour éviter une escalade des souffrances endurées par la population civile.»

C’est combien, le bilan carbone d’un bombardement avec les F-16 ?

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