Un "crime de guerre russe" devient une tragique erreur ukrainienne
Chacun aura entendu et vu aux différents JT que les Russesavaient délibérément bombardé le marché deKostiantynivka, en plein jour, au moment précis de lavisite d'Anthony Blinken en Ukraine le 6 septembre,provoquant un épouvantable carnage ; il y aura sans doutemoins de bruit par ici pour l’enquête du New York Timereconnaissant finalement que la frappe était ukrainienne.
C’est caractéristique, jusqu’à la caricature. Mais la manipulation la plus révoltante est la suivante : Quand la frappe était (supposée) russe, elle était nécessairement intentionnelle, une preuve de la barbarie et de l’inhumanité de Poutine ; lorsque on réalise qu’elle pourrait être ukrainienne, alors cette frappe devient une tragique erreur involontaire... Ce double standard ne devrait-il pas amener ceux qui soutiennent inconditionnellement l’Ukraine de Zelensky à se poser quelques questions sur la manipulation à laquelle l'opinion, et eux-mêmes, sont soumis?
Pourquoi après tout il n’était pas question a priori que la Russie ait pu commettre une "tragique erreur involontaire" ? Pourquoi, symétriquement, l’armée de Zelensky n’aurait-elle pas pu bombarder intentionnellement ? Pourtant si on regarde bien, ce serait plus rationnel : la Russie n’a aucune raison militaire de frapper intentionnellement des civils, surtout dans cette région russophone, possiblement russophile[i]. L’Ukraine par contre aurait eu intérêt à remettre une couche sur la russophobie, justement le jour de la visite de Blinken : la preuve qu’il nous faut encore plus d’armes.
A voir comment Zelensky s’est précipité sur l’occasion : « Le fléau russe doit être vaincu au plus tôt...Quiconque dans le monde chercherait à trouver le moindre accord avec les Russes fermerait les yeux sur cette réalité. L'audace du diable, la méchanceté effrontée. L'inhumanité la plus complète […] C'est une attaque de plus de la Fédération russe. Ils ont délibérément visé le marché. »
Repris par le chœur usuel (on en passe). Pour Berlin, c'est « une attaque contre le droit international et l'humanité ». « Cesbrutales attaques russes soulignent la nécessité de continuer à soutenir le peuple ukrainien dans la défense de son territoire », déclarela Maison-Blanche. « La Russie continue de terroriserla population civile en Ukraine. Les attaquesintentionnelles contre des civils sont des crimes de guerre. Tous les donneurs d'ordre, les auteurs et les complices de ces atrocités devront rendre des comptes », affirme un porte-parole de l'Union Européenne dans un communiqué.
Et maintenant ? L'UE est-elle toujours aussi soucieuse de faire rendre compte aux véritables responsables du massacre ?
... ou alors est-elle à présent trop occupée à traquer les auteurs des atrocités qui se déroulent sous nos yeux en Palestine ? Les massacres et les destructions à échelle industrielle commis à Gaza ont effectivement rendu quasi anecdotique "la barbarie russe". Mais là l'Union Européenne se tait. Plus d'attaque contre l'humanité, plus de terrorisme dela population civile, plus question de crimes de guerre. L'UE, gardienne des Valeurs, se tait, ou plutôt, non: elle condamne avant toute chose et sans réserves les atrocités du Hamas. Et demande poliment à l'état sioniste de bien vouloir au moins faire semblant d'éviter les morts de civils. « Nous essayons de minimiser les pertes civiles. Malheureusement, nous n'y parvenons pas », répond Netanyahu, sincèrement désolé.
Le télescopage des deux guerres aura au moins permis de mettre en pleine lumière l’hypocrisie des postures morales de l’Occident.
[i]Konstiantynivka était parmi les nombreuses villes du Sud et de l'Est de l'Ukraine qui s'étaient soulevées en 2014 contre le coup d'état des Bandéristes.