La naissance d’un monstre

Martin WILLEMS, permanent CSC-UF, le .

Nous pouvions, un moment, espérer naïvement que la pandémie soit le déclic pour un changement en profondeur de système économique. Le besoin d’une sécurité sociale généreuse et universelle et de services publics forts est maintenant indéniable : ils ont permis à nos sociétés de continuer à fonctionner, aux travailleurs empêchés de conserver un revenu et aux malades de ne pas être pénalisés deux fois (une fois par la maladie, une deuxième par la facture en soins de santé).

Organiser l’activité économique en fonction des besoins sociaux, plutôt que laisser libre cours à la course aux profits, tombe maintenant sous le sens.Des gouvernants ont pris des engagements : relocaliser l’économie, refinancer les soins de santé, abandonner la politique d’austérité permanente, …

Et pourtant, en réalité, les choix posés nous emmènent vers un capitalisme plus oppressant encore. Ce qu’on voit poindre, au fur et à mesure que la brume se dissipe, c’est la sacralisation, envers et contre tout, de la propriété, ce qui est inconciliable avec une économie sociale.

Le plus révélateur, ce sont les mesures qui n’ont PAS été prises :

Depuis des décennies, les dominants ont su profiter des crises pour renforcer leur emprise. Au point de les instrumentaliser, comme l’a décrit Naomi Klein dans « La stratégie du choc ». Il ne serait pas étonnant qu’ils se soient mis en ordre de bataille pour faire de même cette fois.

Le « tous ensemble » est un piège. Si on est tous dans le même bateau, ceux qui sont à la barre gardent le cap sur leurs intérêts privés.

Il est urgent de dépasser maintenant la sidération et le mirage de l’union sacrée si nous ne voulons pas, une fois encore, nous faire voler nos efforts et nos sacrifices.

Martin WILLEMS, permanent CSC-UF

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