Les damnés du sanitaire

Bernard LEFEVRE

Citoyens, Allocataires sociaux, salariés, petits indépendants, classes moyennes, services publics, personnel soignant, malades de longue durée …

Nous avons déjà fait état dans nos chroniques de la dérive liberticide de notre société post-attentats et post-covid. Nous pouvons y ajouter, avec les mesures budgétaires, les bourses qui flambent, l’inflation qui galope, l’ostracisme à l’encontre des non-vaccinés, etc., une aggravation des inégalités et une escalade du « diviser pour régner ». Les augures pessimistes de l’après-crise sanitaire semblent avoir vu juste.

L’inflation

La brusque hausse des prix de l’énergie va surtout fragiliser encore davantage les plus précaires d’entre nous, lesquels ne peuvent se permettre de voir augmenter le coût de leurs besoins primaires (Alimentation, logement, chauffage …), au péril de basculer dans la pauvreté. En outre, la plupart de ces familles vivent dans des logements sans isolation thermique convenable, ce qui aggrave encore leur facture énergétique. Nous doutons que la prolongation du tarif social et du chèque-énergie suffise à compenser la flambée des prix.

Fraude fiscale et euphorie boursière

Alors que des nouvelles révélations d’optimisation fiscale via les paradis fiscaux, avec des montages financiers des plus biscornus, nous reviennent une fois de plus, quasi dans l’indifférence générale, les boursicoteurs de tous bords, qui ont fait le gros dos au plus fort de la crise sanitaire, voient la valeur de leurs titres croître et embellir.

Le gouvernement, dans son dernier exercice budgétaire, jure la main sur le cœur (le portefeuille ?) qu’il va lutter contre la fraude fiscale (enfin !) et taxer davantage les comptes-titres (ah bon …). Depuis le temps que l’on nous ressert cette vieille antienne, nous avons du mal d’y croire.

Au début de la pandémie, Emmanuel Macron avait assimilé le combat contre le virus à une guerre. Cela avait choqué à l’époque. Avec le recul, l’histoire semble lui avoir donné raison : après une guerre, les petites gens ne retrouvent pas leur vie d’avant, alors que les puissants en ressortent toujours plus forts et riches.

Le contrôle permanent

Le citoyen est devenu un délinquant potentiel, un irresponsable qui ne respecte pas les gestes barrières et autres mesures préventives. En outre, certain.e.s refusent le vaccin, alors que tout le monde (les gouvernants, les experts, la presse …) s’accorde sur l’évidence qu’il s’agit de la voie du salut.

Alors, un flicage permanent est mis en place, au point qu’un passeport sanitaire soit exigé pour avoir accès à certains lieux publics. Le summum de l’ostracisme n’est pas loin et il est même demandé – sommes-nous encore dans un état de droit ? – à des personnes non assermentées de contrôler l’identité des personnes auxquelles elles demandent leur « Covid Safety Ticket ». On en est arrivé là …

Interdictions et sanctions

En mai 1968, un des slogans de la jeunesse était « Il est interdit d’interdire ». Plus de cinquante ans plus tard, nous pouvons nous demander ce qui est encore autorisé et ce que sont devenues nos libertés d’hier. Et si les règles édictées à la va-vite, en contournant le débat parlementaire et en bafouant les règles élémentaires de la démocratie, ne sont pas respectées, les amendes tombent, tant pour le citoyen réfractaire que pour le commerçant rechignant à jouer le rôle de policier. Les milices privées ne sont pas loin …

La traque aux malades de longue durée

Dans les dernières décisions budgétaires, le gouvernement a décidé de renforcer l’activation à la reprise des malades de longue durée. Avec ici également à la clé des sanctions pour les travailleurs et les employeurs qui ne marcheraient pas en file indienne dans ses pas.

Le malade est donc considéré comme un fraudeur en puissance, qu’il convient de remettre le pied à l’étrier. Or, l’on ne se pose pas la question de savoir pourquoi ces travailleurs sont malades. Puisque l’on veut augmenter le taux d’emploi à 80 %, les grabataires et les valétudinaires doivent retourner au turbin, de gré ou de force. Arbeit macht frei …

La pénurie d’emploi

Encore une vieille rengaine dont usent nos gouvernants et employeurs pour mettre en avant la fainéantise atavique du petit peuple – et surtout les Wallons et les Bruxellois – et son mépris de la valeur travail.

Alors, comme le crie sans complexe haut et fort Georges-Louis Boucher – lequel n’a jamais travaillé de sa vie en dehors de la politique, mais est-ce vraiment un travail ? – il faut forcer les gens à prendre les postes disponibles. Mais alors, quid des compétences requises, de la formation, des conditions de travail et de salaire ? Cela, on n’en parle pas.

Les services publics

Le gouvernement fédéral, jamais à court d’idées anciennes, veut encore faire des économies dans la fonction publique. 300 millions d’euros, alors que son « plan d’action » contre la fraude fiscale devrait rapporter 400 millions d’après ses estimations. Nous sommes en droit de nous demander comment on peut lutter efficacement contre divers types de fraude et assurer avec toujours moins de moyens les services auxquels ont droit les citoyens.

Le Covid a suffisamment mis en lumière les conséquences néfastes des mesures d’économie prises dans les soins de santé par les gouvernements précédents. Et il en va de même pour les services de secours et la protection civile en ce qui concerne les dramatiques inondations de juillet.

Pourtant, rien n’est remis en question. Il faut que tout change pour que rien ne change …

Un nouveau modèle économique et social ?

Les annonces se succèdent et elles sont rarement réjouissantes. Fermeture d’une entreprise logistique à Nivelles, conflit social chez Lidl pour dénoncer des conditions de travail intenables et la remise en cause en conventions collectives, digitalisation accrue des processus de production, exclusion des jeunes et des anciens (à partir de 45 ans) du marché du travail, fermeture d’agences bancaires … Nous en passons, et des pires. Comment pourrions-nous, dans un tel contexte, être optimiste pour l’avenir ?

Quels seront les emplois de demain et à quelles conditions ? Seront-ce les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), les UBER, les DELIVEROO et les RYANAIR qui deviendront la norme, le modèle ? On en a des frissons dans le dos.

La chasse aux sorcières

Nous l’avons vu, les valeurs de fraternité, de solidarité, de liberté, nos combats et ceux de nos parents et grands-parents pour plus d’égalité, tout cela est battu en brèche, sans malheureusement susciter de révolte au sein de la population. « Pour enchaîner le peuple, il faut d’abord l’endormir », disait Marat.

Pire, tout est mis en place pour opposer les uns et les autres : les vaccinés et les non-vaccinés, les actifs et les inactifs, les bien-portants et les malades … Et malheureusement, cela fonctionne.

Quelles sanctions pour nos politiques ?

Nous devrons nous rappeler que nos représentants politiques, élus démocratiquement et qui se réclament de la démocratie à la moindre occasion, devront nous rendre compte à un moment donné (celui des élections ? Celui de la révolte ? Celui de la désobéissance civile ?) des entorses qu’ils ont faites à l’état de droit et des restrictions démesurées qu’ils nous ont imposées.

Nous ne comprendrions pas qu’il en aille autrement …

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