Sinistrose en sidérurgie : Mittal fait la loi

De nombreux arrêts ou ralentissements d’outils sont programmés dans le premier groupe sidérurgique du monde : ArcelorMittal. Production : 97 millions de tonnes d’acier et plus de 198.000 employés dans le monde. Chiffre d’affaires 2017 : 68,6 milliards de dollars, bénéfices 2017 : près de 4 milliards de dollars ! Un monstre industriel de 56 haut-fourneaux et 31 fours électriques, qui opère dans 60 pays. La taille du groupe lui permet d’influencer le marché pour accroître ses gains.

La stratégie Mittal est de réduire fortement la production dans le but de maintenir des prix de vente élevés en réduisant l’offre. Le groupe ArcelorMittal est parmi ceux ayant une politique des prix la plus agressive. Il applique la technique dite "CCC" – Cash, Costs, Clients – c’est à dire ne produire que les produits dont la marge est la plus grande. Il se débarrasse de ce qui ne rapporte pas assez.

Il exerce une forte pression politique sur la Commission Européenne et les États de l’UE afin d’obtenir :

  • la réduction des quotas d’importations d’acier.
  • la réduction du prix de la taxe CO2 (c’est un fait acquis, l’U.E. ne fait rien payer aux sidérurgistes jusque 2030!)
  • des compensations moyennant la baisse du prix de l’énergie. (Les états doivent réduire leurs taxes sur l’énergie).

Mittal fait également pression sur la Commission européenne pour qu’elle facilite la constitution de trusts dans le secteur de l’acier sous prétexte de contrer le dumping des Chinois. Côté profits, la situation est idyllique : en 2017 les actionnaires ont touché 3,990 milliards d’euros à titre de dividendes (avec 40,9 % des parts, il y a 1,632 milliard de dollars pour la famille Mittal). Ca va bien, et même très bien pour les actionnaires.

Le groupe engage des milliards d’euros dans des opérations de croissance externe (achat du groupe Ilva en Italie, la plus grande aciérie d'Europe, Essar en Inde, …). La croissance externe c’est la technique de reprendre des entreprises pour, après restructuration lourde, augmenter le volume d’affaires et bien sûr les bénéfices. L’emploi est, évidemment, le dernier des soucis et la première victime de la «croissance externe»

Mittal est le spécialiste du jack-pot permanent avec l’aide de l’UE. Depuis 2018, le prix de la tonne d'émission de CO2 est en augmentation pour arriver à 27€ aujourd’hui. Dans le passé, ArcelorMittal a mis des entreprises "sous cocon", c'est à dire en arrêt provisoire (pendant la crise de 2008 par exemple), et a ainsi engrangé d’importants quotas excédentaires de CO2 jusqu’à fin 2017. Par après, il a revendu ses quotas au prix fort, gagnant ainsi de l’argent avec des usines à l’arrêt complet, sans rien produire. De plus il a été décidé en février par la Commission Européenne et confirmé le 9 avril 2019 par le Conseil Européen, que la sidérurgie bénéficiera de 100% de quotas gratuits pour la période 2021-2030. Le climat, on s'en moque !

Par contre pour le personnel, c’est une autre chanson. La politique Mittal est bien connue : Le groupe noircit les prévisions de demande européenne d’acier UE pour 2019, dans le secteur de l’automobile par exemple. Il parle de baisse, alors qu'on ne peut pas vraiment parler de baisse sensible de la demande en 2019 mais plutôt d'une stagnation, qui devrait être corrigée dès 2020.

Pour y faire face, le groupe ArcelorMittal a annoncé des réductions de production partout en Europe. L’argument principal évoqué est la chute de la demande due à la hausse des importations d’acier. La hausse des importations est réelle, mais le groupe omet d’en expliquer toutes les causes : ces 10 dernières années, ArcelorMittal a fermé d’importantes capacités de production dans plusieurs pays : Florange, Basse Indre, Liège, Aviles, Madrid, Galati… Après avoir fermé pour 40 millions de tonnes de capacité, il est lui-même le principal artisan de l'apparition d'une certaine pénurie d'acier en Europe !

Pour les travailleurs, c’est la réduction de la production, la mise en chômage économique, dans certains sites le licenciement des intérimaires, la "sortie de sous-traitants"... La direction se sert des caisses de chômage pour optimiser ses gains. C’est la collectivité qui fait office de financier pour les chômeurs de Mittal.

Autre conséquence : une forte réduction de la maintenance et des investissements (pourtant plus qu’urgents) sur les sites européens. Bref, un affaiblissement des outils industriels causé par une pénurie organisée des moyens.

La guerre économique bat son plein mais les travailleurs doivent défendre leurs intérêts réels : salaires, pérennité des emplois, garanties collectives (retraite, santé, droits sociaux…). Les syndicats dénoncent sans cesse les conséquences d’une stratégie financière mise en œuvre depuis la mainmise de la famille Mittal sur le Groupe ARCELOR (Arbed, Usinor, Aceralia) lors de l’OPA en 2006. Depuis le Groupe a liquidé 110.000 emplois ! C’est gigantesque !

Le Parti Communiste de Belgique exhorte les travailleurs de la sidérurgie à exiger leur dû, à s’organiser au niveau européen pour contrer Mittal. C'est pourquoi, le PCB préconise la nationalisation de la sidérurgie, à exiger de l’État et de l'Europe qu’ils reprennent en main l'activité d'un secteur vital pour l’industrie européenne et les besoins des populations. A ce sujet, voir le programme du PCB sur le site http://www.particommuniste.be

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