Droit International : Le décor du théâtre tombe en pièces
Peu de monde (de ce côté-ci du monde), ont apprécié l’ironie contenue dans la justification formelle du lancement de l’ « Opération Militaire Spéciale », le 24 février 2022, qui reprenait quasi textuellement les justifications de l’OTAN pour lancer la ‘guerre du Kosovo’ : « On ne peut pas regarder sans compassion ce qui se passe [au Donbass]. Nous devions mettre fin à cette atrocité, à ce génocide de millions de personnes qui vivent là-bas. ».
Reconnaissons-le, les éléments présentés par la Russie pour prétendre qu’elle respecte le Droit International étaient plutôt légers. C’est clair, la Russie ne dispose pas (de ce côté-ci du monde), de la puissance de feu médiatique qui a réussi à faire passer l’agression sur la Yougoslavie pour la noble nécessité humanitaire d’arrêter un génocide inexistant ; comme en 2003 elle avait réussi à persuader une bonne partie du monde occidental de l’absolue nécessité d’aller détruire l’Irak pour sauver le monde des Armes de Destruction Massive qu’on n’a pas encore retrouvées ; comme en 2011 il était impératif d’aller détruire la Libye pour la sauver.
On aurait certainement préféré, de ce côté-ci du monde, que la Russie attende que l’OTAN ait bien terminé tous ses préparatifs, qu’elle ait parachevé l’encerclement, fini le déploiement du ‘Bouclier anti-missiles’ (qui éliminerait la possibilité d’une réponse à une attaque nucléaire) tout en implémentant ses propres missiles bien pointés à 5 minutes de Moscou... On aurait certainement préféré que la Russie se contente de protestations, comme elle avait si bien su le faire jusqu’ici.
À la fin, la Russie aurait été détruite, mais au moins avec la satisfaction de n’avoir pas violé le droit international. Et, n’en doutons pas, son démembrement aurait été présenté et perçu comme une nécessité absolue et une juste cause pour « la Communauté Internationale »...
La Russie, le 24 février 2022, a pensé différemment.
A Davos cette année, le Premier ministre canadien Mark Carney a fait sensation en disant tout haut ce qui est en fait parfaitement connu de tous, mais qui ne se dit pas : Le fameux « ordre international fondé sur les règles » dans un monde unipolaire dominé par l’impérialisme occidental est une escroquerie visant in fine à camoufler le droit du fort exercé par la puissance hégémonique et ses bienheureux vassaux :
« Nous savions que l'histoire de l'ordre international fondé sur des règles était partiellement fausse. Que les plus forts s'exemptaient lorsque cela leur convenait. Que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique. Et que le droit international s'appliquait avec une rigueur variable selon l'identité de l'accusé ou de la victime. [...] Nous avons participé aux rituels. Et nous avons largement évité de mettre en évidence les écarts entre la rhétorique et la réalité. Ce marché ne fonctionne plus.»
« Ce marché ne fonctionne plus » découvre-t-il - au moment où les bienheureux vassaux réalisent soudain qu’ils pourraient se retrouver soudainement du côté des malheureux esclaves...
Le Premier ministre canadien ne dit au fond pas autre chose que le président russe, lors de son discours annonçant « l’opération militaire spéciale »[1]
« L'effondrement de l'Union soviétique a conduit à une redivision du monde, et les normes du droit international qui s'étaient développées à cette époque se sont opposées à ceux qui se sont déclarés vainqueurs de la guerre froide. »
Un « droit international » à géométrie variable, à discrétion du Maître, est une plaisanterie cynique, il n’était jamais que le vieux droit du plus fort grimé en ‘ordre fondé sur des règles’ - et le maquillage a commencé à couler
« Je n'ai pas besoin du droit international » déclare benoîtement Trump ; son conseiller politique Stephen Miller précise, pour penserait avoir mal compris : « Nous vivons dans un monde dans lequel vous pouvez parler autant que vous voulez des subtilités internationales et de tout le reste. Mais nous vivons dans un monde, dans le monde réel qui est gouverné par la force, qui est gouverné par la puissance »
Par arrogance, sentiment de toute-puissance, ou stupidité, Trump et ses affidés ont brisé les apparences. Les alliés paniqués se tortillent comme des lombrics soudain exposés en pleine lumière.

