Au Pérou, la droite trumpiste tremble, triche et réprime

Quelques jours après le deuxième tour des élections présidentielles du 7 juin, la peur et le désespoir, régnaient parmi divers segments représentatifs de la classe dominante. Ils voient avec une crainte grandissante, la possibilité réelle de subir une nouvelle défaite lors des élections qui venaient d’avoir lieu. Ils ne supportaient pas l'idée même que cela puisse leur arriver à nouveau.

Cela s’était déjà produit, lorsqu'ils ont perdu en 2011 face à Ollanta Humala, mais à l'époque, ils ont réussi à « encercler » le candidat vainqueur en exploitant ses incohérences, ses limites et ses faiblesses, et ont finalement réussi à le neutraliser, ce qui leur a permis de surmonter temporairement leur frayeur avec une relative facilité. Ils ont de nouveau pris peur – un peu de panique même – lorsque Pedro Castillo a remporté les élections de 2021 et, dès le début, ils ont comploté pour le chasser du gouvernement et récupérer les positions qu’ils avaient perdues. À partir de là, leur colère n’a connu aucun répit.

On sait aujourd’hui qu’ils ont comploté contre lui dès le premier jour, qu’ils ont travaillé d’arrache-pied pour tisser des liens et rassembler les pièces du puzzle, conquérir des positions dans les cercles stratégiques du pouvoir, jusqu’à mettre sur la défensive un président authentiquement populaire mais assurément fragile et timide. Ils avaient, en effet, pris le contrôle du ministère public et nommé une procureure générale à leur mesure, élu une Cour constitutionnelle docile tout en prenant le contrôle absolu du Conseil national de la justice et la Cour de comptes. Pour assurer le tout, ils ont « nettoyé » la haute hiérarchie militaire, pour assurer leur soumission sans faille.

Faire taire et enfermer Pedro Castillo

C’est alors qu’une majorité parlementaire de filiation fujimoriste, et dont une bonne partie de ses membres étaient compromis dans des affaires de corruption, a réussi à organiser un putsch et à faire tomber Pedro Castillo, qu’ils retiennent encore aujourd’hui en prison parce qu’ils le craignent et qu’ils n’ont jamais réussi à le faire plier.

À partir de là, ils ont pensé avoir gagné la bataille mais, sans crier gare, de manière spontanée des masses de gens, des travailleurs, se sont soulevés contre l’opprobre que constituait la destitution et l’emprisonnement d’un président élu, que l’oligarchie, en plus de l’avoir empêché de gouverner, s’acharnait à le maintenir en prison. C’est alors, que la vice-présidente, Dina Boluarte, reniant ses promesses de fidélité envers Castillo décide non seulement de le trahir, mais de réprimer brutalement ces manifestations, provoquant, selon Amnesty international, plus de 50 morts et environ 1300 blessés.

En plus de cette politique de répression violente et pour s’assurer de ne rien laisser au hasard, Boluarte et ses mentors ont emprisonné ou cherché à faire taire toute opposition à leurs sombres desseins, s’acharnant particulièrement contre la procureure de la nation en charge, Delia Espinoza, qui eut le courage de dénoncer et de s’opposer à leurs manœuvres. En fait, toute cette politique de violente répression contre les mouvements populaires d’un côté et d’empêchement de tout risque de contestation institutionnelle ou politique de l’autre, n’avait d’autre but que celui d’assurer la victoire aux élections présidentielles de Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberte Fujirmori condamné à la prison ferme pour les politiques criminelles lorsqu’il exerça lors de son mandat.

Roberto Sanchez, l’héritier de Castillo

Malgré tous ces efforts, la bande Fujimoriste n’a pas réussi à combler toutes les brèches. C’est l’intuition populaire, la sagesse des humbles gens, qui savent identifier leurs congénères qui explique les excellents résultats du candidat de la gauche, Roberto Sánchez. Sorti d’un anonymat politique quasi-total, il est devenu l’adversaire susceptible de ravir la victoire à la candidate trumpiste. C’est ainsi qu’au deuxième tour les rapports du tribunal électoral le donnaient gagnant avec 50,3 % des voix contre 49,6 % pour Fujimori. Résultats qui confirmaient le caractère classiste qu’avait pris l’événement, car l’avance de Sanchez fut éclatant dans le Pérou profond, celui de la ruralité, des populations indigènes, des quartiers populaires. Celle des Fujimori fut notable dans les grandes villes, les milieux urbains, où la massive campagne des médias et des réseaux sociaux organisée par l’oligarchie péruvienne en faveur de Fujimori put avoir une certaine audience.

Tricher jusqu’à la fin

Tout semblait être déjà joué, la victoire de Sanchez confirmée et avec elle le retour au pouvoir d’un gouvernement progressiste qui se proposait de réviser les contrats léonins en faveur des multinationales étasuniennes qui contrôlent l’essentiel de la production minière péruvienne et prendre une série de mesures en faveur des populations modestes du pays, lorsque la droite réactionnaire commençait à préparer un nouveau coup d’état pour empêcher Sanchez d’accéder au pouvoir.

Projet et perspective dangereux. Dilma Boluarte et les fujimoristes avaient pu expérimenter la détermination du peuple péruvien à se soulever, contre les comportements maffieux de cette oligarchie qui ne conçoit pas, que les ressources d’un pays aussi riche que le Pérou, puissent bénéficier à d’autres qu’à eux-mêmes. Ils savaient qu’une période de grande violence risquait de s’ouvrir. C’est alors que le parlement, totalement contrôlé par les fujimoristes, vote un décret ordonnant que le comptage des votes venant de l’étranger, ne soit pas exécuté par le tribunal électoral ad-hoc mais par le Ministère des Affaires Etrangères, lequel est, bien entendu, parfaitement contrôlé par le réseau fujimoriste. Grosses discussions sur place. Le recomptage des voix et la proclamation définitive, sont attendus pour la mi-juillet 2026.

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