Une menace pèse sur l’Otan: Les « extrémistes » veulent la paix !
En juillet dernier, pour sa session inaugurale sous la nouvelle présidence von der Layen, le Parlement Européen a inscrit en tout premier point une résolution sur « la nécessité d’un soutien continu de l’UE à l’Ukraine ». Une forme de 'prestation de serment' préalable pour la poursuite de la guerre et l’écrasement toujours espéré de la Russie.
Les représentants des partis de droite, de gauche, du centre... ont tous votés avec enthousiasme en faveur de la résolution. Seuls les extrémistes se sont abstenus ou ont voté contre, aussitôt fustigés par la presse bien-pensante. Le Monde titre sur « l’extrême droite aligné sur le Kremlin » et taxe les représentants de l’AfD (Alternative für Deutschland) de « farouches admirateurs de Vladimir Poutine », oubliant opportunément que « l’extrême gauche » s’est également opposée à la résolution belliciste, et posant comme une évidence que s’opposer à la guerre, c’est forcément être admirateur de Poutine. « Celui qui met en doute notre propagande de guerre est un traître » : en ces temps de préparations de l’opinion européenne à la guerre, il faudrait relire d’urgence -et faire lire- le petit bouquin d’Anne Morelli « Principes élémentaires de propagande de guerre ».
S’opposer à la guerre mondiale qui s’annonce est dont « extrémiste »... Ça a de quoi laisser songeur. On a du mal d’imaginer une situation plus extrême que celle d’une Europe plongée dans une guerre totale avec une puissance nucléaire. Et pourtant les politiciens très modérés des pays d’Europe sont en train de la préparer méthodiquement. Le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, a rejoint de nombreux chefs d'Etat modérés européens et appelé à lever les restrictions sur l'utilisation par l'Ukraine d'armes données pour frapper la Russie - ceci, sans rire, pour "aider à faire avancer les efforts de paix"[1]. Le gouvernement allemand dirigé par les socialistes (SPD) a accepté d’accueillir des missiles US à longue portée et capacité duale, mettant Moscou à 10 minutes de portée d’une frappe nucléaire. La Ministre des affaires étrangères allemande, la Verte Annelena Baerbock, pas du tout extrémiste, estime qu’ils sont les bienvenus : « La réticence à l'égard d'une dissuasion supplémentaire serait irresponsable »[2]. N’y a-t-il que les extrémistes pour s’effrayer de cette folie ?
Le soutien inconditionnel à Israël et à son génocide par les partis « modérés »
Les mêmes européens modérés soutiennent dans les faits Israël et le génocide actuel en Palestine. Ils sont rejoints pour le coup par l’extrême-droite antisémite, qui associe les Palestiniens à leur obsession anti-musulmane. En Belgique francophone, le MR occupe efficacement ce rôle, sans scrupule.
Au lendemain du nième massacre dans une école de Gaza ou s’entassaient des centaines de déplacés, le ministre socialiste de Grande-Bretagne répétait sans ciller les propos des Israéliens « Le Hamas doit cesser de mettre en danger les civils » ; le porte-parole du gouvernement socialiste allemand lui faisait écho : « Israël a le droit de se défendre »[3].
Nous conduire à une 3e guerre mondiale nucléaire n’est pas extrémiste. Soutenir un génocide, le massacre de dizaines de milliers d’enfants, ce n’est pas extrémiste...
La Belgique suit docilement la marche vers la guerre
En Belgique également, l’heure est au soutien inconditionnel à l’OTAN et à la militarisation de l’économie. Tel l’accord à 1,7 milliard d’euros avec la FN Herstal passée par la ministre de la défense socialiste Ludivine Dedonder, « inscrit dans la logique européenne Asap (Act in Support of Ammunition Production) qui vise à renforcer la production de munitions afin de soutenir l’Ukraine dans la guerre contre la Russie »[4]. Les choses ne devraient certainement pas changer avec le gouvernement de droite qui nous arrive, si ce n’est pas que le soutien à la politique de guerre se fera avec plus de franchise, et moins de scrupules pour les contrecoups sociaux.
Les Engagés, nouvel avatar du vieux PSC, ce n’est pas seulement les Valeurs familiales et ‘citoyennes’, mais avant tout une position belliciste décomplexée. « Le soutien à l’Ukraine est essentiel pour notre sécurité et la stabilité et la paix mondiale. Les Engagés soutiennent l’adhésion rapide de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie à l’OTAN dès que les conditions le permettront » lit-on dans leurs réponses à un questionnaire de la CNAPD[5]. Le MR est tout aussi clair. La ministre libérale des Affaires étrangère affirmait en novembre passé : « La meilleure façon de protéger la Belgique aujourd’hui, c’est d’envoyer des F-16 en Ukraine. »
Malheureusement il n’y a actuellement à gauche peu d’alternative crédible contre la guerre. Au point que l’on peut se demander si le succès des partis d’extrême-droite en France et surtout en Allemagne ne s’explique pas en partie par cette absence d’alternative pacifiste à gauche. A cet égard la récente poussée du nouveau parti « d’extrême-gauche » de Sahra Wagenknecht devrait faire réfléchir ceux qui craignent à gauche de prendre position contre la marche vers la guerre de l’OTAN, terrorisés d’être étiqueté « pro-Poutine »
« Les élections régionales à l’Est sont aussi un vote sur la guerre, la paix et la politique [de la coalition] » affirme-t-elle. Certains sondages lui prédisent jusqu’à 19% des voix[6]
[1] Tweet de J. Borrell, 22 août https://x.com/JosepBorrellF/status/1826267239584030890
[2] Politico, 21 juillet
[3] Anadolu, 12 août
[4] Le Soir, 18 novembre 2023
[5] Cf Alerte OTAN ! 1er trimestre 2024
[6] Euractiv, 14 août

