Peu importe que le parti soit Bleu ou Rouge ou Vert, du moment qu'il soutienne la guerre...
Le dit « Nouveau Front Populaire » français n’y aura pas échappé : la condition sine qua non de son existence a été la capitulation complète de la composante qui s'opposait encore à l'escalade de la guerre en Ukraine. « Nous avons obtenu un engagement extrêmement clair sur les livraisons d’armes à l'Ukraine, sur les frontières de l'Ukraine, sur le soutien indéfectible à la résistance ukrainienne » se réjouit Raphaël Glucksmann. Dans le nouveau "programme commun" figure en effet en bonne place l'essentiel de sa ligne atlantiste prônant l'épreuve de force militaire avec Moscou. Le fameux "barrage à l'extrême-droite" valait bien quelques couleuvres...
En Belgique également, la position du Parti du Travail en faveur d'une issue négociée au conflit, en faisait un point d'exclusion absolue à toute entente avec les autres partis 'de gauche' : « J'ai trouvé les propos de Raoul Hedebouw absolument ahurissants : ils montrent une nouvelle fois les relations extrêmement troubles entre le PTB et la Russie. On voit ici un pays, un agresseur clairement caractérisé, la Russie, un dictateur sanguinaire, Vladimir Poutine, dont tout le monde sait qu'il assassine ses opposants, et qui attaque les Ukrainiens, les Ukrainiens qui sont sous les bombes il faut donc les soutenir! Et quand Monsieur Hedebouw et le PTB disent "Il faut négocier avec Vladimir Poutine", ça rappelle très exactement ce qui s'est passé en Europe en 1938 ! » s'étrangle Mr Magnette sur la RTBf. Et l'Ecolo Saskia Bricmont renchérit face à la PTB Sophie Merckx : « On n'obtiendra pas de résolution de cette guerre sans soutenir massivement l'Ukraine. Là, l'UE a eu une approche commune, qui doit continuer. »
Il existe sur la question du soutien aux guerres de l'OTAN un consensus qui traverse tous les clivages. C'était déjà le cas lors de l'agression de 1999 de l'OTAN contre la Yougoslavie, ça a été le cas pendant les 20 années d'occupation militaire de l'Afghanistan ; c'était le cas en 2011 ou tous les partis "qui prennent leurs responsabilités" comme dirait Magnette, ont soutenu avec enthousiasme la destruction de la Libye – et ils sont en effet coresponsables des dizaines de milliers de morts qui ont suivi ce désastre, que ce soit dans l'explosion jihadistes qu'il a provoqué, ou dans les innombrables naufrages en Méditerranée de migrants subsahariens soudain privés du havre de paix que représentait la Libye de Kadhafi. La relecture des débats de l'époque à la Chambre est affligeante[i].
Les Partis peuvent se déchirer âprement sur toutes les questions – sauf sur un tabou essentiel, les guerres de l'OTAN. Comme Sarah Wagenknecht en Allemagne comme, beaucoup plus timidement Mélanchon en France, ou les communistes en Belgique, ceux qui se s'élèvent contre l'escalade guerrière de l'OTAN sont mis au ban d'infamie, suspectés de collusion avec le nouvel Hitler du moment.
Les appels de la Gauche à plus de justice sociale, à la préservation des droits et des services sociaux, que signifient-ils dans une économie de guerre comme celle dans laquelle est aspirée l'UE, lorsque l'essentiel des dépenses et des investissements est englouti dans 'la défense' ? La trajectoire que suivent les pays de l'Otan les mène tout droit à la guerre. Que deviennent les aspirations de la Gauche sous les bombes ?
"Faire barrage à l'extrême-droite" vaut bien quelques couleuvres, pense-t-on. Un fascisme nouveau risque pourtant bien d'arriver, mais il aura cette fois des traits aussi sympas que ceux de Raphaël Gluksman, qui se distinguent assez peu finalement de ceux d'Emmanuel Macron. Le fameux « Plus jamais ça » continuellement brandi par tous les partis (littéralement) "bien-pensants" est en train de camoufler la résurgence du pire en Europe: la complicité de fait dans le génocide d'aujourd'hui en Palestine, la criminalisation des voix opposées à la guerre, et une réhabilitation décomplexée des néo-fascistes actuels ; non pas les figures ectoplasmiques usuelles, mais des "combattants-de-la-libertés-qui-défendent-nos-Valeurs", des brigades Azov et apparentées. Un peu comme en 40, certains voyaient en la Waffen Schutzstaffel le rempart au bolchévisme...

