Le pillage de l'épargnant lambda
Au début des années cinquante, quand je suis entré à l'école communale, l'instituteur, M. Dumont, nous a donné une feuille à faire lire par nos parents. Aujourd'hui, on appelle cela un tract. Le texte, lu à haute voir par l'instituteur, incitait nos parents à nous ouvrir un carnet d'épargne à la Caisse Générale d'Epargne et de Retraite (CGER). En bons parents qu'ils étaient, ils m'ont encouragé à épargner. Je ne me rappelle plus si c'était tous les mois ou toutes les semaines. Ce dont je me souviens, c'est que M. Dumont ramassait les carnets le lundi et glissait l'argent à l'intérieur pour les déposer à la poste. En retour, nous recevions nos carnets avec un timbre correspondant à la somme déposée. Cette épargne était fructueuse et pédagogique. M. Dumont exigeait, que toute classe dépose une somme identique afin de gommer les différences entre les enfants issus de milieux sociaux dissemblables. J'ai appris plus tard qu'il n'hésitait pas à mettre la main à la poche pour combler l'épargne d'enfants moins fortunés. Il s'arrangeait ensuite avec la ligue des écoles officielles.

