Soutien des pacifistes aux livraisons d'armes à l'Ukraine ?
Le dimanche 27 mars, se tenait une manifestation pour la paix en Ukraine, convoquée notamment par la CNAPD francophone, le mouvement flamand Vrede et les syndicats. Trois à quatre mille personnes ont défilé de la gare du Nord à la gare centrale de Bruxelles. Sur le podium des organisateurs plusieurs interventions pour la paix et pour l'accueil des réfugiés ont été prononcées.

Un des rares calicots dénonçant l'OTAN vus à la manif
Si tout le monde a condamné, à raison, l'invasion russe de l'Ukraine, personne n'a évoqué la responsabilité fondamentale de l'OTAN dans le déclenchement de cette guerre.
En 1989, un petit Stalingrad afghan
Le 15 février 1989, le dernier soldat de l'Armée rouge quittait l'Afghanistan, honorant très ponctuellement l'annonce du retrait faite le 8 février 1988 par Mikhaïl Gorbatchev devant l'Assemblée générale des Nations Unies[1]. Un retrait parfaitement organisé (en contraste absolu avec celui des États-Unis, en août de cette année) qui résultait des échecs des tractations dans lesquelles les Soviétiques cherchaient à négocier leur départ contre l'arrêt des interventions américaines et pakistanaises, et qui ne pouvait qu'augurer la chute imminente, presqu'automatique, du gouvernement progressiste afghan[2].
C'est exactement ainsi que l'avaient compris les services de renseignement et les administrations politiques des États-Unis et du Pakistan qui prirent la décision d'agir sans tarder pour « finir le boulot ». Dans son édition du 11 février 1989, le New York Times révélait l'existence d'une réunion secrète du Conseil de sécurité des États-Unis qui avait eu lieu le 9 en concluant que, suivant des informations provenant des services de renseignement, le gouvernement de Mohammad Najibullah n'allait plus tenir que de trois à six mois et recommandait au président G.W. Bush de continuer à armer les moudjahidines pour cette nouvelle et « dernière saison de combats ». Et le quotidien new-yorkais de commenter : « La décision de l'administration Bush confirme que l'objectif politique des États-Unis est d'accélérer l'effondrement du gouvernement de Kaboul, maintenant que le retrait des troupes soviétiques est pratiquement achevé[3]. » Les participants à la réunion suivaient ainsi les conseils et prédictions du chef moudjahidine Gulbuddin Hekmatyar, qui venait de déclarer que « la chute de Kaboul ne se comptera pas en mois mais en une paire de semaines et aura lieu sans trop de heurts dans la ville[4]. » Ils décideront donc de la précipiter. Détail significatif : à la réunion où furent invités des responsables pakistanais, aucun représentant des insurgés afghans n'était présent. Absence que le même quotidien new-yorkais expliquait, reprenant les déclarations d'un haut fonctionnaire pakistanais, selon lequel « aucun représentant de la guérilla afghane n'était présent à la réunion de mars parce que l'ISI en a la charge[5]. » (ISI, pour Inter-Services Intelligence Agency, les services secrets pakistanais).
Israël-Palestine : politique coloniale et résistance
Depuis 2006, Gaza a subi cinq expéditions punitives et le blocus l’étrangle. La situation dans les territoires occupés reste marquée du sceau de l’humiliation, des contrôles, des vexations ordinaires et de la colonisation qui se poursuit à un rythme accéléré. Quant aux Palestino-israéliens, malgré une amélioration de leur situation matérielle, ils demeurent traités comme des citoyens de seconde zone. Tous ces facteurs sont à l’origine de l’actuelle révolte.
Ce qui se passe en Palestine présente de nombreuses caractéristiques d’une tragédie grecque. Une tragédie dont le déroulement est prévisible depuis des décennies, mais sur laquelle les médias officiels occidentaux s’aveuglent – et aveuglent ainsi l’opinion publique. Le 21 mai, après onze jours d’affrontements, qui ont fait 230 morts du côté palestinien et 12 du côté israélien, le régime de Tel-Aviv et le Hamas ont conclu un cessez-le-feu. Cependant, tout observateur lucide soulignera qu’aucun problème de fond n’est résolu, que ce soit à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et à Gaza. Et ces problèmes sont dus à la politique d’Israël, sous sa dimension d’occupation militaire comme sous celle de la colonisation.
L’acte le plus récent de la tragédie
Comme le souligne l’écrivain et militant palestinien Mahmoud Muna, la Vieille Ville de Jérusalem est jalonnée de rues étroites et de maisons surpeuplées. D’autant plus qu'aucun nouveau permis de bâtir ou de rénover est accordé à des résidents palestiniens par le pouvoir occupant. C’est ce qui amène de nombreuses familles, et en particulier de nombreux jeunes, à se retrouver à la vaste Porte de Damas, qui est devenue un important lieu de vie sociale et culturelle. La place à proximité de la Porte est en forme d’amphithéâtre et héberge de nombreuses activités culturelles.
Enfin, la justice s'intéresse.
L'ASSASSINAT DE THOMAS SANKARA
Marc PIERRET
Ce 10 octobre, le procès des assassins de Thomas Sankara et de ses camarades s’est ouvert à Ouagadougou. Ce qui suscite l’espoir d’obtenir enfin la vérité sur les événements du 15 octobre 1987 au Burkina Faso.
Quatorze personnes sont dans le box des accusés, et deux absents de taille : Hyacinthe Kafando, soupçonné d’avoir dirigé le commando qui a tué Thomas Sankara et l'ancien président Blaise Compaoré, accusé d’avoir commandité le crime. Ce dernier vit en exil en Côte d’Ivoire et se targue de son immunité. L’un et l’autre sont accusés de complicité d’assassinat, de recel de cadavre et d’attentat à la sûreté de l’État.
Une demi-douzaine de personnes de l'ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré ont déjà été inculpées pour les mêmes raisons dans cette affaire. Parmi elles, figure le général Gilbert Diendéré, chef de l’armée au moment des faits et auteur d'un putsch manqué en septembre 2015.
Afghanistan : « Ceci n'est pas un retrait »
La débandade fut si brusque que sa fulgurance risque de nous détourner des enjeux moins visibles de cet épisode historique. Certes, le spectacle ne pouvait pas être plus humiliant pour la première puissance militaire du monde. Se résigner à constater, hébétés, la prise de Kaboul par ces paysans aux kalachnikovs et en sandales constitue sans doute le summum de l'affront. Peut-on pour autant conclure, comme certains observateurs de gauche se pressent de le faire, que nous assisterions à une grande débâcle politico-militaire des États-Unis et, de manière concomitante, à une victoire anti-impérialiste ? Voire même progressiste, dont le devoir de la gauche serait de la soutenir ? Et si cette supposée « défaite », si ce retrait, n'était pas plutôt le premier pas d'un redéploiement de forces dans le cadre d'un projet impérial d'une toute autre envergure; un pas en arrière, concocté par le "Deep state", pour mieux sauter ? (1)Plus interpellant encore, on peut bien entendu se féliciter de la défaite de ce perdant-là ; mais quid de ce vainqueur et de sa victoire ?
Au Pérou, la victoire des «Atahualpas» sur les «Pizarros»
Difficile d’imaginer scénario plus symbolique. En toile de fond, Cajamarca la ville où Atahualpa, le dernier des Incas de l'empire, fut fait prisonnier et exécuté par le conquistador espagnol Francisco Pizarro. Une ville hyper riche en ressources minières, dont la mine de Yanacocha, une de plus grandes mines d'or à ciel ouvert au monde, possédée, en grande partie, par l'américaine Newton Mining Co., le leader mondial dans la production aurifère.
Cajamarca, théâtre également de grandes luttes paysannes sous le mot d'ordre « agua si, oro no » (l'eau oui, l'or non), car ces paysans là, miséreux et souvent analphabètes, ont une autre idée de la valeur des choses. Et ils ne comprennent pas que, pour sortir ces « pierres jaunes », leurs terres doivent être polluées et leurs bétails assoiffés, la firme contrôlant en sa faveur la gestion de l'eau. C'est donc au Cajamarca, plus exactement à Puña, un de ses minuscules villages, que s'est forgée la vie militante de Pedro Castillo, le vainqueur des élections présidentielles péruviennes. Instituteur portant le poncho, syndicaliste qui sut diriger une longue grève de défense des conditions de travail des enseignants, l'homme n'a pas de culture politique particulière. Sans organisation vraiment structurée, son succès électoral fut plus l'expression d'un sentiment d'identification de ces gens, « propriétaires de rien », comme les décrivait Eduardo Galeano. En votant pour lui, ils ont tout simplement voté pour quelqu'un qui leur ressemblait.

